Catégorie: désir

Du désir...

19.01.09 | par Claude [mail] | Catégories: désir

Désirer, est-ce nécessairement souffrir ?

La souffrance est une une passion, un sentiment pénible résultant de causes les plus diverses ; affectives -chagrin, peine engendrée par la disparition d’un être cher, absence, vicissitudes de l’amour et de l’amitié ; morales -remords, repentir ; sociales -échecs ou ambitions déçues.

Le désir est un attrait que l’on subit. Il est selon Malebranche, l’idée d’un bien que l’on ne possède pas mais que l’on prétend posséder.

En ce sens, il est manifestation d’un manque, conscience d’un défaut selon diverses modalités :

-désir de l’autre ( de ce qu’on ne possède pas ); désir du désir de l’Autre ( désirer ce que l’Autre désire ) ; désir du… désir de l’Autre ( être désiré par autrui ).

Expression d’une insatisfaction, il est douleur et souffrance.

D’un autre côté, appétit de l’agréable (Aristote), appétit avec conscience de lui même (Spinoza), il est l’aiguillon du vouloir (Ricoeur), représentation plus ou moins confuse d’un but.

Fils de Poros et de Pénia (Platon), il jouit donc d’une double nature, essence même de l’homme en tant qu’elle est conçue comme déterminée à faire quelque chose par une affection quelconque donnée en elle (Spinoza).

Manifestation du vouloir-vivre (Schopenhauer) mais aussi enchaîné à ce vouloir-vivre (Bouddhisme), le désir est prétention, affirmation de soi, condition de la liberté et de l’histoire (Hegel) tout autant qu’indexé à l’acquisition d’un bien toujours possiblement déçue (Platon).

De surcroît, l’objet du désir est-il jamais à la hauteur des espérances placées en lui ? ( cf. sur ce thème : Rousseau et Proust ).

Pourtant rien de grand ne s’effectue-t-il pas sans passion (Hegel) ?

Et les fantasmes qui accompagnent tout désir ne constituent-ils pas une voie autonome -et qu’il est possible de juger suffisante-, de satisfaction?

Du désir et de l'impossible...

19.01.09 | par Claude [mail] | Catégories: désir, impossible, utopie

Peut-on désirer l’impossible ?

Une conduite apparemment paradoxale est-elle, en conséquence, dénuée de sens ?

Définitions :

-L’impossible est une modalité du jugement à l’instar du possible, du nécessaire et du contingent ( cf. Aristote, Premiers Analytiques ; Kant, Analytique transcendantale ).

-La modalité est une fonction des jugements qui exprime l’attitude de l’esprit en face d’une proposition : assentiment, exclusion, doute… Elle indique le degré d’assurance avec lequel la pensée tient au jugement.

Ce degré de certitude est exprimé par les adverbes : certainement, sans doute, peut-être, nécessairement…

-La possibilité enveloppe : 1. ce qui ne contredit pas les conditions fondamentales de l’expérience ; 2. ce qui s’accorde suffisamment avec nos connaissances actuelles.

-L’impossible exprime l’exclusion d’une proposition résultant d’une expérience ou rendant inutile tout recours à l’expérience.

L’impossible qualifie donc :

1. dans l’absolu, ce qui ne peut pas être. Ainsi en géométrie la quadrature du cercle ou, dans l’univers des sciences positives, ce qui est contraire aux lois de la nature : télépathie, prévision prophétique de l’avenir ; prétendre échapper à la pesanteur, à la gravitation ; remonter le temps, voyager à la vitesse de la lumière…

2. le possible à venir ; ce qui n’est pas possible actuellement tant que ne sont pas réunies certaines conditions et certaines circonstances : prétendre vaincre des pathologies sans que la recherche en ait dégager la totalité des facteurs constitutifs…

-Le miracle -concept théologique- définit par contre le fait inexplicable, l’événement prodigieux, celui qui contredit les lois de la nature.

Chose faite par Dieu en dehors des causes connues ( Thomas d’Aquin, Somme de théologie ), il manifeste l’impossible réalisé.

*****

Domaines :

-Le chimérique et le fantastique réalisent l’impossible dans le domaine poétique.

-L’impraticable exprime l’impossible sur le plan pragmatique.

-L’insupportable et le défendu désignent l’impossible au niveau éthique / juridique.

-L’utopie définit l’impossible projet politique idéal parce qu’en dehors de toute réalité.

*****

Vouloir l’impossible en toute connaissance de cause, effet d’aveuglement, est une conduite extravagante.

La mythologie antique en fournit avec le vol d’Icare une célèbre illustration.

Désirer l’impossible, fantasmer sur un objet impossible, est par contre une conduite sensée qui peut engendrer d’intéressantes créations artistiques ( cf. les mondes et objets impossibles d’Escher ), maintes fictions, comme elle génère utopies politiques et projets grandioses de réforme morale de l’homme et de la société…

*

Du point de vue spéculatif, le désir de l’absolu est cette “passion de la raison” ( Michel Alexandre ) qui, selon Kant, pousse le sujet à la connaissance du moi, de l’univers et de dieu ( cf. Critique de la raison pure ), trois illusions transcendantales propres à la psychologie humaine et tout aussi dogmatiques qu’indéracinables :

-Il conduit dans la controverse au constat de désaccord, au différend, voire à la querelle idéologique ( cf J.F. Lyotard, Le Différend ).

-Tandis que, d’un autre côté ( Kant ), il posséderait une vertu heuristique favorisant le progrès de la connaissance empirique.
Alimentant la recherche, il tendrait à reculer les bornes technologiques de l’impossible actuel.

*****

Enfin et plus généralement, tout désir -débordant le simple besoin- n’est-il pas en lui-même désir de l’impossible, soit l’entière et définitive possession de l’objet convoité ?

Morale : désir et volonté/conflit des facultés/misère de l'intellectualisme.

15.01.09 | par Claude [mail] | Catégories: absolu / relatif, Kant, Aristote, Socrate, désir, volonté, morale/éthique

Que peut la volonté contre le désir ? ( Aristote et Kant )

Grimace le Singe : -La thèse socratique ramène la vertu à la science.

Renart : -L’intellectualisme ne tient pas compte de la partie irrationnelle de l’âme constituée par l’appétit ( épithumia ) et le désir ( orexis ). Elle peut être docile à la connaissance mais elle demeure irréductible.
Cas de l’incontinence ( acrasia ). L’incontinent ne parvient pas à surmonter ses appétits ; à la différence du dissolu ( acolastos ) qui assume ses appétits sans freins. L’incontinent sait qu’il agit mal mais sa connaissance est dominée par le désir.
Socrate ( cf. Platon, Protagoras ) soutenait que la connaissance ne peut subir l’esclavage du désir, et, plus généralement de la passion. L’incontinence n’existe pas ; c’est par ignorance qu’on agit contrairement au bien.
Or il est possible et même fréquent que l’action soit déterminée par l’appétit en dépit de la connaissance.
*****
Pour comprendre le syllogisme pratique de l’action volontaire, il faut en rappeler les différents moments : à l’appétit succèdent le souhait réfléchi ( boulèsis ) puis le choix éclairé ( proairésis ), enfin la décision volontaire.
Pour l’être capable de délibération, il n’y a pas identité du plaisir et du bien, de l’agréable et du bon.
L’appétit se rapporte à l’agréable et au douloureux ; le choix éclairé, la préférence voulue ne s’assujettit ni au douloureux ni à l’agréable ( Aristote, Ethique à Nicomaque, 3, 111b 16-18 )
Cette distinction de l’agréable et du bon a pour condition la représentation du temps.
L’appétit n’est dirigé que par l’immédiat et l’agréable immédiat apparaît comme agréable et bon absolument du fait que l’agent n’ aperçoit pas le futur.
La délibération est conditionnée par la mémoire et l’imagination.
L’être raisonnable possède une imagination rationnelle ou délibérative ( logistikè, bouleutikè phantasia ) qui conditionne l’exercice de l’intellect pratique. L’intellect ne s’exerce jamais sans images et c’est dans les images que se détermine ce qui est à rechercher ou à fuir.
L’intellect pratique a pour rôle de comparer entre elles les images considérées sous l’aspect de l’attirant ou du répulsif, de calculer et de délibérer en rapportant le futur au présent.
Quand il a prononcé où réside l’agréable ou le pénible, alors l’agent l’évite ou le poursuit…

Grimace le Singe: -La fonction de l’intellect pratique se réduit donc à une arithmétique morale, à un simple calcul des plaisirs et des peines. La vertu est ramenée à un art de mesure, une métrétique…
L’intellect pratique ne jouit d’aucune indépendance dans l’estimation des valeurs…
L’intellect se fait pratique en considérant une fin toujours empruntée au désir qu’il prend pour principe de ses calculs.
Selon le Stagirite, il n’y a pas d’ autonomie de la volonté ainsi que le prétendra Kant beaucoup plus tard dans les Fondements de la métaphysique des moeurs. Le bon et le mauvais ne se distinguent de l’agréable et du douloureux que par une information plus ample et une mesure plus exacte.

Renart : -Et non par une différence de plan où le désir, l’inclination, seraient soumis à une législation universelle, à l’impératif catégorique, à la Loi.

Grimace le Singe: -Pour résumer : l’objet du désir n’exerce son pouvoir moteur qu’en se proposant d’abord à la représentation intellect ou imagination. Deux facultés concourent au mouvement, désir et représentation ; mais la faculté désirante est seul principe moteur.
Le désir est certes élaboré par la réflexion; il s’élève de l’appétit au souhait réfléchi ; mais on ne saurait s’en affranchir. Il est irréductible à la connaissance.

*****

Le syllogisme pratique.

Renart : -Considérons l’action volontaire comme la conclusion d’un syllogisme.
La majeure est une proposition universelle, une maxime pratique : les vins et spiritueux sont dangereux pour la santé .
La mineure reconnaît que je me trouve actuellement en présence d’objets de cette sorte ( on me propose une coupe de Champagne ).
La conclusion est une action : je l’accepte et, contre la représentation de la maxime, cédant à la tentation, je vide ma flûte…
Comment la conclusion peut-elle contredire la majeure, l’action résister à la connaissance ?

Grimace le Singe : -La mineure, fournie par la sensation actuelle renferme un principe de détermination qui aboutit à une conclusion qui m’affranchit de la majeure. En présence du Chardonnay ou du Pinot pétillant, je ne pense plus qu’il peut être nuisible, j’ai la sensation de l’agréable.
Ma perception actuelle ne se range pas sous la maxime condensant les leçons de l’expérience que les spiritueux sont dangereux ; elle me suggère un autre principe : ce Champagne est agréable au palais… proposition qui détermine une conduite toute contraire.

Renart : -La psychologie concrète dissipe donc le mirage de l’intellectualisme socratique… ainsi que cette autre chimère, le fondement de l’universalisme kantien, la prétendue autonomie de la volonté.

Le bestiaire d’amoralité

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Philosophie pataphysique, chrestomathie

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