MARX OU MANDEVILLE ?
On connaît ce texte savoureux des Théories sur la plus-value où Marx développe d’une plume alerte une manière d’apologie du crime à la fois scandaleuse et irréfutable :
… le criminel ne produit pas seulement des crimes, il produit aussi le droit criminel, et par suite, le professeur qui fait des cours sur le droit criminel ; le criminel produit en outre toute la justice criminelle, les sbires, les juges et les bourreaux… et chacune de ces différentes branches professionnelles qui constituent autant de catégories de la division sociale du travail, développe différentes facultés de l’esprit humain, créant de nouveaux besoins et de nouvelles manières de les satisfaire… La torture à elle seule a suscité les inventions mécaniques les plus ingénieuses et elle a occupé une masse d’artisans honorables à la production de ses instruments…
On connaît moins Bernard (de) Mandeville, ce médecin hollandais, auteur satirique et économiste connu comme diabolique docteur de paradoxes..
Les deux Auteurs se distinguent pourtant comme aussi bien se partagent l’ironie et l’humour.
Tentons un parallèle.
Marx est un homme de science, un théoricien critique de l’économie politique ( valeur, monnaie, composition organique du capital, plus-value, rotation du capital, incidence de la technologie sur la productivité, la concurrence, baisse tendancielle du taux de profit, logique des crises … ) qui met sa connaissance au service d’une foi et d’une vision sociale utopique.
Sa pensée ressortit à la sotériologie. C’est une pensée du salut.
Sa vision de l’"Histoire", globale, totalitaire, finaliste, systématique, de sensibilité socialiste, et sa conception du temps demeurent étroitement linéaires, évolutionnistes, progressistes.
Volontiers provocateur, Mandeville paraît plus… prosaïque. C’est un psychologue d’inspiration augustinienne, bien qu’à la réputation de gai compagnon, un analyste qui ne nourrit aucune illusion quant à la possibilité d’une amélioration du sort de l’humanité par une révo-lution sociale et la généralisation… du chauffage au gaz.
C’est pourquoi il adopte dans sa Fable des abeilles où les vices privés font le bien public le ton plaisant et détaché qui sied au point de vue métahistorique qu’il fait sien.
Marx analyse le crime comme l’un des moteurs de l’histoire.
Sa lecture est scandaleuse certes mais profondément moralisante.
C’est au regard d’une téléologie rationaliste de nature hégélienne qu’il relève l’apparent paradoxe de la violence créatrice.
Si, à proprement parler, il ne développe pas un “éloge du crime", c’est qu’il reste prisonnier de la vision de son maître, Hegel. Le crime est une “ruse de la raison” dont le développement dialectique - la fameuse “Aufhebung"- mènera nécessairement à son dépassement et à son abolition.
L’antienne est bien connue.
Non seulement des sectaires du messianisme et de l’eschatologie politique mais aussi des générations de potaches et d’étudiants français formatés par la dissertation en trois point ( thèse, antithèse, synthèse ou encore affirmation, négation, négation de la négation )…
En matière de crime, Marx, métaphysicien rationaliste, moraliste et penseur édifiant, est donc un … abolitionniste.
Bernard Mandeville est beaucoup plus réservé. Il se contente de relever le fait du Mal et d’en analyser objectivement ou cyniquement les conséquences, notamment les aspects positifs pour toute espèce de développement social et non pas simplement -perspective de Marx-, pour les seules sociétés de production marchande:
…Ce que nous appelons, dans ce monde, le mal, aussi bien moral que naturel, c’est le grand principe qui fait de nous, des créatures sociales, la base solide, la vie et le soutien de tous les métiers et de toutes les occupations sans exception ; c’est ainsi que nous devons chercher la véritable origine de tous les arts et de toutes les sciences; et du moment où le mal cesserait, la société devrait nécessairement se dégrader, sinon périr complètement…
C’est la convoitise, la recherche du profit par des agents économiques égoïstes et calculateurs, ainsi que la vanité, le désir de reconnaissance, qui constituent les ressorts de la prospérité et de l’opulence.
Le désintéressement véritable, l’altruisme authentique, la charité chrétienne seraient la ruine de l’industrie et du commerce…
La “sociabilité naturelle", l’"instinct moral", la “sympathie", le “principe inné de justice et de vertu” ne sont que fictions philosophiques, mensonges et hypocrisie. L’ existence mondaine ne peut être vertueuse, l’être humain étant livré à son amour propre, à son plaisir, à son intérêt.
Marx appréhende le mal -notamment ce qu’il nomme l’ “aliénation” -soit l’exploitation de l’homme par l"homme-, en procureur pour en mieux anathématiser les “responsables” supposés.
Mandeville l’étudie pour en montrer … non seulement la fécondité mais aussi la nécessité.
Le vice ( ou encore l’"exploitation” ) est -selon lui- le propre de l’homme au double sens : logique, définitionnel d’une part, et au sens ontologique d’autre part, comme fondement de la nature et source de la culture humaine.
On comprend pourquoi sa fable fut mise à l’index et brûlée par le bourreau en 1645…
Enfers ( Hadès /Perséphoné )
Récit.
Hadès est le dieu des morts.
Frère de Zeus et de Poséidon, il est l’un des trois maîtres qui se partagèrent l’empire de l’Univers après la victoire sur les Titans. Les Cyclopes l’avaient armé d’un casque qui, pareil à celui de Siegfried dans la mythologie germanique, le rendait invisible.
Le monde souterrain, les Enfers, le Tartare lui échut.
Il règne sur les morts et, cruel, ne permet à aucun de ses sujets de revenir parmi les vivants.
Auprès de lui se tient Perséphoné, fille de Démeter, enlevée par son oncle après qu’il lui eut fait absorber une graine de grenade pour l’accompagner au séjour des ombres.
Divagation.
L’Enfer relève de la géographie fantastique, de la théologie, de la psychologie, de l’esthétique et enfin de la morale.
Il exprime toute une gamme de préoccupations.
1. C’est avec l’Odyssée qu’apparaît une description du monde souterrain mentionnant le fleuve Achéron que doivent traverser les âmes guidées par le passeur Charon pour parvenir à l’empire des morts.
Visité par Ulysse, l’Hadès est décrit par Achille à son ancien compagnon comme le pâle simulacre du royaume des vivants. Régner sur les morts… mieux vaudrait, lui confie-t-il, l’existence misérable d’un laboureur exposé à la lumière du soleil…
Dialogue significatif qui exprime tout le sentiment homérique de la vie.
2. Concept théologique, l’enfer est le gouffre où, dans la représentation chrétienne, sont suppliciés les damnés.
Géographie fantastique fécondant l’imagination des poètes et des peintres, au tout premier rang desquels Dante et H. Bosch, il est par excellence le lieu des tourments éternels infligés aux pécheurs poursuivis par le courroux et la vengeance du Dieu.
Encore qu’il désigne surtout l’existence -chrétienne ou kantienne-, placée sous le signe de l’éthique, marquée par le prurit de la mauvaise conscience, l’obsession du péché, la crainte de la damnation et l’espoir in/sensé d’un prétendu salut qui font de la vie, pour l’homme de foi et pour l’homme moral… un authentique enfer.
Enfer qui est d’ici-bas avant que d’être -selon la logique du dogme et du fantasme- reporté dans l’au-delà.
3. Notion psychologique, l’enfer vaut selon différentes gnoses pour le désir, la jalousie, l’envie, les modes de l’avoir, les fantasmes de l’impossible possession ; exister, c’est n’avoir de cesse de se tourmenter.
Thèse gnostique, cathare, bouddhiste, thèse schopenhauerienne.
4. En contrepoint, entre complaisance et délectation, la représentation esthétisante d’Octave Mirbeau constitue le jardin des supplices en thème fin-de-siècle, scandaleux, pervers et séduisant.
5. Le libre esprit cultive les plaisirs et les jours du… paradis.
Ici et maintenant.
Délibérément, méthodiquement, saisissant le moment favorable -avec à-propos.
Opportuniste, il cultive l’art de savoir ce qui lui donne véritablement du plaisir, ainsi que l’écrit Samuel Butler ou encore l’art d’être toujours content tout en irisant l’existence ( R. Ruyer, sur Jean Paul Richter ).
Il fuit comme la peste les ennuyeux et les ressentimenteux, les professeurs de conscience et de mauvaise conscience.
Il est adepte du rasoir d’Occam, et sa si singulière lévitation se résoud à se défaire de l’excitation des affairés, à se dégager des révélations, des utopies, des chimères et autres pièges à fous des illuminés.
Mythologiques 2
L’art de faire paraître les choses, qui est l’art des arts…
Balthasar Gracian
*****
Polygame : -Vous me paraissez de fort belle humeur aujourd’hui Eutrapel…
Eutrapel : -… en effet… et de disposition d’esprit assez… luciférienne.
Polygame : -Ho! ho!… vous m’intéressez mon ami… peut-on savoir ce qui vous met ainsi en joie…
Eutrapel : -… Un fantasme récurrent, une vieille idée… la création d’une secte…
Polygame : -… Surprenante ambition… peut-on savoir quelle en est l’origine ?…
Eutrapel : -… la pulsion… poétique mon bon… Mais je vous sens dubitatif… Si! si!… le désir de créer, de passer à l’acte… d’élaborer une société potentielle… J’aime la sociologie fantastique… par ailleurs ni plus ni moins réelle ou fictive que l’ autre… Cela remonte déjà à quelques années… J’eus l’occasion de visiter un site… merveilleux… Imaginez le panorama… Un relief montagneux dans un paysage quasi désertique, un lac de barrage… des naïades au loin assez dévêtues, et à quelques lieues de là, sur un épaulement, parmi plusieurs statues géantes et grotesques, une inattendue “communauté” mixte d’adeptes ensorcelés par un illuminé bâtisseur de spirituel empire…
Polygame : -Vous avez visité ?…
Eutrapel : -Certainement… J’ ai été introduit … sans grande difficulté… on autorise les visites…
Polygame : -Et qu’avez-vous vu ?…
Eutrapel : -Des fous… mais gentils, accueillants… apparemment… satisfaits et débonnaires… toutefois bien protégés… on est reçu à l’entrée par une statue de la Vierge affublée… d’un fusil mitrailleur…
Polygame : - ?!… en effet… En avez-vous rapporté quelque chose…
Eutrapel : -Des photographies, quelques chromos à la gloire du Maître local, plusieurs ouvrages aussi… notamment celui-ci que vous pouvez ouvrir… le Guide des Egarés… composé sur le modèle d’un ancien grimoire du 12° Siècle… et grandement honoré d’ une autre confrérie… qui a réussi celle-là… et au-delà de toutes ses espérances…
Polygame : - Je crois deviner de quoi vous parlez… Mais vous vouliez créer une secte, disiez-vous…
Eutrapel :- … sur le papier… par jeu…
Polygame : - … et pourquoi vous limiter ainsi à la fiction ?
Eutrapel : -… parce que mon ami, il me faudrait… y croire. Je devrais accréditer mes propres sottises… c’est là beaucoup me demander… et puis je n’ai aucune envie de contrefaire le roi… Cela convient aux ambitieux ou à certaines marionnettes pour Guignol et apologues selon Pascal… Aussi me tournerai-je vers la Sociologie virtuelle…
Désirez-vous m’ assister dans l’ élaboration du Nouveau Monde ?…
*****
Polygame : -Mais pourquoi pas …
Il faudrait tout d’abord commencer par lui donner un objet…
Eutrapel : -… toutes les sectes ont le même objet…
Polygame :- … le même?… et lequel ?…
Eutrapel :- Le Salut… c’est pourquoi je vous propose de l’appeler Société du Salut…
Polygame : -Il nous faudra une doctrine, la matière d’un enseignement…
Eutrapel : -Ce ne sera pas difficile, il tiendra en quelques mots…
Polygame : -… et lesquels ?…
Eutrapel : -… le Cosmos, la Vie, l’Amour, la Rédemption… et aussi la Repentance… ça marche fort ça, la Repentance…
Polygame : -Par Ubu-Cocu !… quelle artillerie conceptuelle… Vous ne lésinez pas…
Eutrapel : -Il faut ce qu’il faut… comment croyez-vous attirer le chaland ?… de gros concepts, des gros mots, des… révérends sans référents mais fortement chargés de sens… Ils veulent tous du Sens, ça les démange… il leur faut de la… matière et du mystère… non pas le savoir mais la poésie du savoir…
Polygame : -Comment allons-nous présenter les Arcanes de votre doctrine ?…
Eutrapel : -Un bon vieux syncrétisme fera l’affaire… de l’exotisme bien entendu et une dose de baliverneries façon nouvelles technologies et univers informatique… une parousie, une échéance, un millénium… pour entretenir l’espérance…
Polygame : -Ah! le principe Espérance…
De quoi alimenter les fantasmes et faire rêver en effet …
Eutrapel : -… du Taoïsme pour la magie médicale… du Shintoïsme pour le naturalisme poétique… un zeste d’Hindouisme spéculatif… quelques pincées de mystiques soufie, hassidique et chrétienne… l’inévitable universalisme de la pitié universelle… du New Age aussi…
Polygame : -… pour les Etats-Uniens…
Eutrapel : -… de l’ésotérisme Rosi-crucien et… les inévitables acrobaties du Yoga… Ce à quoi j’ajouterai le récit de mes propres exploits… moi le Fondateur… lors de mes vies antérieures, c’est évident… A tout Seigneur…
Polygame : -En somme la synthèse de la Philosophie universelle… la Philosophia perennis.
Voilà pour la Doctrine… Il nous faut maintenant une Règle…
Eutrapel : -Elle sera sévère, austère et bien contraignante… Le croyant -esprit faible d’ ordinaire incapable de se donner par lui même un ordre-, aime sentir la férule de l’ Autorité qui le mène… Il entrera donc… dans les Ordres..
Point de temps mort … du travail, de la prière, de la confession… publique et privée et, surtout, du jeûne…
Polygame :-… Excellent le jeûne, mon ami, pour bien abrutir, pour bien affaiblir, pour rendre docile aux ministres de la foi, ouvert à l’Autre et perméable aux saintes Balivernes de notre Nouvel Evangile.
Eutrapel : - Ne tolérer aucun temps mort, occuper les âmes et les libérer enfin de l’odieuse tentation de la réflexion privée… Décérébrer, beaucoup et continûment…
Polygame : -Des journées bien remplies, un emploi du temps saturé et peu de sommeil, le sommeil porte aux rêves, à l’imagination… notre adversaire, redoutable puissance trompeuse… au délire aussi, voire à l’odieuse pollution…
Eutrapel : -Aussi établirons-nous un Calendrier, une Légende dorée, une Vies des Saints; nous imaginerons des Apôtres, de plotiniens Eons et toute une hiérarchie céleste, à la manière du Pseudo-Denys, trait d’union de l’Immanent et du Transcendant…
Polygame : -Sans nous limiter au temps… Nous aurons un Espace, que dis-je une géographie sacrée… avec temples, pierre de sacrifices, processions, chants et flagellations collectives…
Eutrapel : -Chaque semaine sera lu le récit des exploits du Fondateur et comment il est parvenu à repousser les forces du mal et autres hostilités… l’assemblée des fidèles écoutera en silence, les femmes et les hommes séparés… bien entendu…
Polygame : -… mais égaux dans le respect du même impératif catégorique de chasteté… société des Egaux…
Eutrapel : -Seul le Grand maître de l’Ordre jouira du droit réservé d’insémination des soeurs en âge de procréer…
Polygame : -… une descendance nombreuse apte à défendre la communauté…
Eutrapel :-… tout juste… et à chasser les Démons… D’ailleurs, comme en toute raisonnable paranoïa communautaire qui se respecte, il nous faudra des adversaires, des ennemis… beaucoup d’ennemis… Pour nourrir notre religion de l’Amour… nous mènerons des guerres potentielles …
Polygame :-Nous organiserons des safaris nocturnes en 4*4 entre les miradors qui cernent notre propriété pour nous protéger des menées des Impies et nous nous lancerons à l’ assaut des lémuriens.
Eutrapel : -… nous exterminerons les Envoyés des Mondes extérieurs…
Polygame : -… Et pour nous reposer nous consacrerons les fêtes dominicales à des cortèges chantés où -au son des flûtes et des tambourins… agenouillés, les Adeptes se prosterneront devant Vous Eutrapel…
Eutrapel :-Cela m’irait assez bien en effet… Et j’en suis virtuellement tout réjoui… Nous aurons aussi des Adeptes extérieurs… nous inventerons un Ordre désocculté… les Chevaliers de la Foi… ils s’assureront de la propagande, rabattront les proies et collecteront les fonds..
Polygame : -Ils infiltreront aussi les politiques, ils essaimeront dans les Médias, et, reptiliens adroits subtils, ils s’ insinueront dans les Comités de Sages et autres experts de la Chose morale… ils maçonneront des relations fécondes avec les Eglises, les Obédiences, les Sociétés de Pensée… les “Autorités spirituelles"…
Eutrapel :- … ces nobles sectes patinées par le temps, qui nous ont précédés et qui ont réussi…
Et en leur compagnie ils contriuburont au Très Saint Généralisé et Oecuménique Décervelage de l’Humanité toute entière…
… Au triomphe de la Loi…
Polygame : -Notre oeuvre alors réalisée, notre idéal spirituel, religieux et social atteint, nous pourrons songer à notre départ, à notre exil vers les platoniciennes Iles Fortunées…
…à moins que nous ne décidions auparavant de partir avec la caisse…
Eutrapel : -La vilaine pensée !… Non, non… Des funérailles gandioses seront au contraire l’ultime occasion de réunir le peuple des Adeptes et de conquérir la foi des derniers Ineptes…
Polygame : -Avec la satisfaction du devoir accompli… A la plus grande gloire du Père Ubu…
Un dernier point cependant… N’y aura-t-il pas un enseignement secret que les Grands Maîtres se transmettront lors de leur prise de fonction et se garderont bien de divulguer au profane, à l’Apprenti, au Compagnon, au Maître ?…
Eutrapel : -Bien sûr… celui qui correspond au Trente-troisième degré de notre Rite… Il stipulera cette antique mais sempiternelle vérité cachée au vulgaire et réservée au seul Grand Initié, à l’ Unique , à … l’Anarque :
Rien n’est vrai, tout est permis !
*****
La Nef des fous.
1.1. Définition 1. Thèse Nous appelons Dieu un vivant éternel parfait. Aristote, Métaphysiques. Livre lambda § 7.
1.2. Définition 2. Thèse ( Ou ) par le nom de Dieu, j’entends une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante et par laquelle, moi-même et toutes les autres choses qui sont ont été créées et produites. Descartes, Méditations métaphysiques. 3.
1.3. Définition 3. Thèse ( Ou encore ) Je parle de Dieu comme de la source d’où sortent tour à tour par un effet de sa liberté les courants ou élans dont chacun formera un monde : il en reste donc distinct. H. Bergson, Lettre au Père de Tonquêdec.
1.4 Existence de Dieu. Démonstration ( En effet ) … on ne peut penser quelque chose dont on ne peut rien concevoir de plus grand et dans l’intelligence et dans la réalité. saint Anselme de Cantorbury, Proslogion. 2 et 3.
1.5. Critique de l’argument ontologique. Objection ( Cependant ) si donc je conçois un être comme la suprême réalité, il reste toujours à savoir si cet être existe ou non. E. Kant, Critique de la raison pure. Idéal de la raison pure.
1.6. Rôle de Dieu. Précision ( Néanmoins ) Dieu et l’immortalité de l’âme sont des postulats de la morale et du devoir. E. Kant, Critique de la raison pratique.
1.7. Connaître Dieu 1. Réponse 1 ( Cependant ) le divin est au fond de nous-mêmes. saint Augustin, Confessions, 10, 27.
1.8. Connaître Dieu 2. Réponse 2 ( et ) c’est le coeur, non la raison, qui sent Dieu Pascal, Pensées.
1.9. Conclusion philosophique 1. Anathème Pourquoi l’insensé dit-il en son coeur : ” il n’ y a pas de Dieu “, alors qu’il est si évident à l’esprit raisonnable qu’il existe plus que tout ? Pourquoi, sinon parce qu’il est sot et insensé. saint Anselme, Proslogion 2 et 3.
1.10. Conclusion philosophique 2. Nécrologie ( Affirmons que ) Dieu est mort. Nietzsche, Le Gai Savoir .
1.11. Conclusion philosophique 3. Indignation ( et que ) l’idée de Dieu, avec tous les concepts qui en découlent, nous vient des antiques despotismes orientaux. C’est une idée absolument indigne d’hommes libres. La vue de gens qui, dans une église, s’avilissent en déclarant qu’ils sont de misérables pêcheurs et en tenant d’autres propos analogues, ce spectacle est tout à fait méprisable. Leur attitude n’est pas digne d’êtres qui se respectent. […] Un monde humain nécessite le savoir, la bonté et le courage; il ne nécessite nullement le culte et le regret des temps abolis, ni l’enchaînement de la libre intelligence à des paroles proférées il y a des siècles par des ignorants. Bertrand Russell, Pourquoi je ne suis pas chrétien, 1927. Extrait.
1.12. Conclusion philosophique 4. Anecdote : Dieu doit son existence à la confusion de l’esprit humain. C’est ce qui m’apparaissait avec évidence, ce matin, tandis que j’écoutais des jeunes gens discuter de leur foi. Ils célébraient ou niaient Dieu avec la même frénésie. Mais outre que chacun eût été bien embarrassé si on lui eût demandé de le définir, on en eût pas trouvé deux pour en trouver la même définition. Dieu est la plus noble de nos idées vagues. Le seul moyen de croire en lui semble bien être de ne pas trop se demander ce qu’il est… j’ai rarement mieux saisi qu’en écoutant les divagations de ces jeunes gens le caractère révolutionnaire des idées claires et distinctes. Jean Guehenno, Journal des années noires, 03.12.1941.
1.13. Conclusion philosophique 5. Blasphème :
Quelle est cette chimère impuissante et stérile,
Cette divinité que prêche à l’imbécile
Un amas odieux de prêtres imposteurs ?
Veulent-ils me placer parmi leurs sectateurs ?
Ah! jamais, je le jure, et je tiendrai parole,
Jamais cette bizarre et dégoûtante idole, cet enfant de délire et de dérision
Ne fera sur mon coeur la moindre impression.
Content et glorieux de mon épicurisme,
Je prétends expirer au sein de l’athéisme
Et que l’infâme Dieu dont on veut m’ alarmer
Ne soit conçu par moi que pour le blasphémer… Sade, Donatien… Marquis de, La Vérité.
Conclusion ‘patasophique :
1. Dieu est un mot de quatre lettres : une consonne et trois voyelles…
2. Prière / pastiche :
Ô Père Ubu, j’ai un très grand plaisir de vous avoir honoré parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que la ‘pataphysique vous agrée.
Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre sainte grâce, de ne jamais vous offenser et de faire de vous ma substance.
Fraternité de Patagonie septentrionale, Bréviaire.
Citation : Exercice de ‘pataphysique appliquée : Calculons la surface de dieu…
Dieu est le plus court chemin de zéro à l’infini Alfred Jarry, Faustroll, Ethernité, 8.41.
Centons ‘patasophiques.
1.1. Définition 1. Thèse ( Affirmons qu’ ) une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent. E. Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse.
1.2. Précision 1. Thèse ( Et que ) toute conception religieuse du monde implique la distinction du sacré et du profane, oppose au monde où le fidèle vaque librement à ses occupations, exerce une activité sans conséquence pour son salut, un domaine où la crainte et l’espoir le paralysent tour à tour… Ces deux mondes, celui du sacré et du profane, ne se définissent rigoureusement que l’ un par l’autre. Ils s’ excluent et ils se supposent. R. Caillois, L’Homme et le sacré.
1.3. Précision 2. Thèse ( Or ) le sacrifice est un moyen pour le profane de communiquer avec le sacré par l’intermédiaire d’une victime. M. Mauss, Oeuvres. T. 1
1.4. Précision 3. ( Et ) le sacrifice qui (… ) est, comme la guerre, levée de l’interdit du meurtre, … est l’acte religieux par excellence. G. Bataille, L’Erotisme.
1.5. Précision 4. ( Cependant ) le principe du sacrifice est la destruction ; mais bien qu’il faille parfois jusqu’à détruire entièrement … la destruction que le sacrifice veut opérer n’est pas l’anéantissement. G. Bataille, L’Erotisme.
1.6. Conséquence. Thèse. Conclusion syllogistique ( Ainsi ) La religion est la scission de l’homme d’avec lui même : il pose en face de lui Dieu comme être opposé à lui… L. Feuerbach, L’Essence du christianisme.
2.1. Explication généalogique 1. Thèse ( Car ) la religion est une réaction défensive de la nature contre la représentation par l’intelligence de l’inévitabilité de la mort. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion.
2.2. Explication généalogique 2. Thèse ( Mais sa véritable source provient de ce que ) Ceux qui ignorent les causes physiques ont une crainte naturelle qui procède de l’inquiétude et du doute où ils sont s’il existe un Etre ou une puissance qui ait le pouvoir de leur nuire ou de les conserver. De là le penchant qu’ils ont à feindre des causes invisibles, qui ne sont que des fantômes de leur imagination, qu’ils invoquent dans l’adversité et qu’ils louent dans la prospérité. Ils s’en font des dieux à la fin et cette crainte chimérique des puissances invisibles est la source des religions que chacun se forme à sa mode. Ceux à qui il importait que le peuple fût contenu et arrêté par de semblables rêveries ont entretenu cette semence de religion, en ont fait une loi et ont enfin réduit les peuples, par les terreurs de l’avenir, à obéir aveuglément. Anonyme, Traité des trois imposteurs, chap. 2.
3.1. Valeur 1. Thèse. Conséquence ( Partant ) toute religion n’est que le reflet fantastique dans le cerveau des hommes, des puissances extérieures qui dominent leur existence quotidienne, reflet dans lequel les puissances terrestres prennent la forme de puissances supra-terrestres. F. Engels, Anti-Dühring.
3.2. Valeur 2. Explicitation. Thèse ( Et ) la religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’ où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. K. Marx, Critique de la Philosophie du droit de Hegel.
3.3. Valeur 3. Explicitation / Prolongement psychologique. Hypothèse ( Mais aussi ) la religion est la névrose obsessionnelle de l’humanité ; comme celle de l’enfant elle dérive du complexe d’Oedipe, des rapports de l’enfant au père. Freud, Avenir d’une illusion.
Conclusion philosophique 1. Thèse : La destination capitale de la religion est d’élever l’individu à la pensée de Dieu, de provoquer son union avec lui et de l’assurer de cette unité. La religion est la vérité telle qu’elle est pour tous les hommes. Hegel, Propédeutique philosophique.
Conclusion philosophique 2. Thèse ( Régimes d’intelligibilité des phénomènes et loi des trois états ) : … chaque branche de nos connaissances passe successivement par trois états théoriques différents : l’état théologique ou fictif ; l’état métaphysique ou abstrait ; l’état scientifique ou positif. En d’autres termes, l’esprit humain, par sa nature, emploie successivement dans chacune de ses recherches trois méthodes de philosopher…
… Dans l’état théologique, l’esprit humain dirigeant essentiellement ses recherches vers la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les effets qui le frappent, en un mot vers les connaissances absolues, se représente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels plus ou moins nombreux, dont l’intervention arbitraire explique toutes les anomalies apparentes de l’univers. Auguste Comte, Cours de philosophie positive.
Conclusion ‘patasophique : Croyance, foi, assentiment donné sans les preuves, la religion attache les hommes aux visions des Clercs en leur contant des histoires comparables à celles dont on berce les enfants. Epistémon le ‘pataphysicien, Caté-schisme ‘pataphysique 2. § 47.
Citation ( admiration ) : Avance-toi jusqu’aux autels des dieux. Ne méprise pas les fables religieuses. Ne brise pas les idoles. Délecte-toi des chimères, des rituels et des fictions ; méfie-toi des dévots. La Sibylle pataphysique, Eclats.
Centons ‘patasophiques.
Philosophie pataphysique, chrestomathie
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