Catégorie: Bergson

Du langage...

Le langage

1. Définition 1 ( Stipulons que ) Par langage nous entendons tous les phénomènes d’expression et non pas la parole articulée qui est un mode dérivé et secondaire. J.P. Sartre, L’Etre et le Néant, 3.3.1.

2.1. Définition 2 ( Précisons que ) Tout langage comporte deux aspects, l’un supra-individuel, la langue (…) l’autre, individuel, la parole … Delay et Pichot, Abrégé de Psychologie.

2.2. Précision ( et qu’ ) une langue est un système de signes en nombre nécessairement limité, qui doivent s’associer ou se combiner d’après certaines règles et qui sont destinés à fournir à l’homme les moyens d’exprimer ses sensations, ses idées, ses sentiments et ses passions. Cournot, Essai sur les fondements de nos connaissances

2.3. Précision 2 ( et que ) … la langue ne se confond pas avec le langage, elle n’en est qu’une partie déterminée, essentielle, il est vrai. C’est un produit social de la faculté du langage et un ensemble de conventions nécessaires, adoptées par le corps social pour permettre l’exercice de cette faculté chez les individus… Elle est la partie sociale du langage, extérieure à l’individu, qui à lui seul ne peut ni la créer ni la modifier ; elle n’existe qu’en vertu d’une sorte de contrat passé entre les membres de la communauté… La langue est un système de signes exprimant des idées, et par là, comparable à l’écriture, à l’alphabet des sourds-muets, aux rites symboliques, aux formes de politesse. (…) Elle est seulement le plus important de ces systèmes. F. de Saussure, Cours de linguistique générale.

3.1. Fonction Le langage (…) fournit à la conscience un corps immatériel où s’ incarner. H. Bergson, l’Evolution créatrice.

3. 2. … il est structure immatérielle, communication de signifiés, remplaçant les événements ou les expériences par leur “évocation"… E. Benvéniste, Problèmes de linguistique générale.

… système de signes sans rapport matériel avec ce qu’ils ont pour mission de signifier. Cl. Lévi-Strauss, Entretiens avec G. Charbonnier.

3. 3. ( Il est ) la conscience réelle, pratique, existant aussi pour d’autres hommes. K. Marx, Idéologie allemande.

3. 4. ( et ) … l’instrument immédiat, fait pour être immédiatement dépassé vers la chose, dont chaque mot est un schème opératoire et l’objet dépassé vers le concept. J.P. Sartre, Cahiers pour une morale.

3. 5. ( Précision ) Entendons par là, très largement, la faculté de représenter le réel par un signe et de comprendre le signe comme un représentant du réel, donc d’établir un rapport de signification entre quelque chose et quelque chose d’autre. E. Benvéniste, opus cité.

Employer un symbole est cette capacité de retenir d’un objet sa structure caractéristique et de l’identifier dans des ensembles différents. C’est cela qui est propre à l’homme et en fait un être rationnel. ibidem.

4. 1. Fécondité ( langage et pensée ) Cette capacité symbolique est à la base des fonctions conceptuelles. La pensée n’est rien d’autre que le pouvoir de construire des représentations des choses et d’opérer sur ces représentations. Elle est par essence symbolique. ibidem

4. 2. Langage et vérité ( Ainsi ) La totalité des propositions est le langage. L. Wittgenstein, Traité logique-philosophique.

5. 1. Acquisition 1 L’acquisition du langage est une expérience qui va de pair chez l’enfant avec la formation du concept et la conception de l’objet. Il apprend les choses par leur nom. Il découvre que tout a un nom et que d’apprendre les noms lui donne la disposition des choses. E. Benvéniste, ibidem.

5. 2. Acquisition 2 Etrange apprentissage du langage.
Les premiers cris ne sont que des effets mécaniques produits par le fonctionnement du corps. Même les premiers mots ne sont pas encore des paroles. L’enfant n’en découvre la réalité autonome que par le mensonge. Alors le mot est utilisé pour lui même : il devient signification. Jeu ou hasard, peu importe : l’enfant dit bobo. Aussitôt ( et bien qu’il n’ait ressenti aucune douleur ) se produit magiquement le déclanchement de toute la sequelle des cajoleries et consolations sucrées. On conçoit qu’après cette découverte, l’enfant recommence l’expérience pour bien s’assurer de la merveilleuse efficacité du Mot. Et s’il aime tant mentir ( cette joie dans les yeux ), c’est qu’ il savoure le bonheur de la puissance et de l’intelligence kabbalistiques : le verbe est créateur.
C’est par cette tortueuse voix que s’exprime le vrai.
Julien Torma Euphorismes.

6. Conclusion philosophique :

6. 1. Langage et ordre symbolique. Constat 1 ( Ainsi ) … L’ homme vit, pour ainsi dire, dans une nouvelle dimension de la réalité… Il ne vit plus dans un univers purement matériel, mais dans un univers symbolique. Le langage, le mythe, l’art, la religion sont des éléments de cet univers. Ce sont les fils différents qui tissent la toile du symbolisme, la trame enchevêtrée de l’expérience humaine… L’homme ne peut plus se trouver en présence immédiate de la réalité ; il ne peut plus la voir, pour ainsi dire, face à face… Loin d’avoir rapport aux choses mêmes, d’une certaine manière, il s’entretient constamment avec lui-même. E. Cassirer, Essai sur l’homme.

6. 2. Dissimulation ontologique. Constat 2 ( De surcroît ) Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons le plus souvent, à lire les étiquettes collées sur elles. Cette tendance, issue du besoin, s’est encore accentuée sous l’influence du langage. Car les mots ( à l’exception des noms propres ) désignent des genres… Et ce ne sont pas seulement les objets extérieurs, ce sont aussi nos propres états d’âme qui se dérobent à nous dans ce qu’ils ont d’intime, de personnel, d’originalement vécu…. Nous ne saisissons de nos sentiments que leur aspect impersonnel, celui que le langage a pu noter une fois pour toutes parce qu’il est à peu près le même, dans les mêmes conditions pour tous les hommes.
Ainsi, jusque dans notre propre individu, l’individualité nous échappe. Nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles.
H. Bergson, Essai sur le rire.

6.3. Dissimulation ontologique. Constat 3 ( Enfin ) Les désignations et les choses coïncident-elles ? Le langage est-il l’expression adéquates de toutes les réalités ?… La “chose en soi” ( ce serait justement la pure vérité sans conséquence ), même pour celui qui façonne la langue, est complètement insaisissable et ne vaut pas les efforts qu’elle exigerait. Il désigne seulement les relations des choses aux hommes et s’aide pour leur expression des métaphores les plus hardies ! Transposer d’abord une excitation nerveuse en une image ! Première métaphore. L’image à nouveau transformée en un son articulé ! Deuxième métaphore. Et chaque fois saut complet d’une sphère dans une sphère tout autre et nouvelle…
… l’ X énigmatique de la Chose en soi est prise une fois comme excitation nerveuse, ensuite comme image, enfin comme son articulé…
F. Nietzsche, Introduction théorétique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral.

7. 1. Conclusion ‘patasophique.

Pourtant La parole a été donnée aux hommes pour dissimuler leur pensée. Talleyrand-Périgord, Mémoires.

Et Le langage est le point de départ (et d’arrivée) de toutes les aberrances. Sur l’être «On» et le langage, Cahiers du Collège de ‘pataphysique, décervelage 84.

Centons ‘patasophiques

De la liberté...

17.01.09 | par Claude [mail] | Catégories: liberté, Bergson, Epicure, clinamen

La liberté peut-elle être prouvée ?

1. Au sens vulgaire le concept de liberté désigne le pouvoir de se mouvoir ( liberté physique ), d’agir ( liberté civile ), de jouir de ses droits ( liberté politique ), de se conduire selon sa conscience ( liberté d’opinion ), de penser et de s’exprimer… sans contrainte.
Quant à la liberté des philosophes, la liberté rationnelle, elle définit la capacité à juger et à agir en pleine conscience, conformément à l’exigence de vérité ou du bien.
Ce qui enveloppe le pouvoir de se déterminer rationnellement sans être contraint par une force extérieure.

2. Prouver, c’est vérifier le bien fondé d’une proposition, c’est attester la réalité d’un fait.

3. Prétendre prouver la liberté revient alors à réfuter les tenants du déterminisme et du fatalisme.

Débat académique.

-D’un côté on alléguera :

1 ) ( déterminisme théologique) l’incompatibilité de la liberté avec les attributs divins, la toute puissance de Dieu, la préscience du futur etc…

2) ( déterminisme physique ) les principes de conservation du mouvement et de l’énergie, ” rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".

Il y aurait dans l’univers une quantité donnée de mouvement et d’énergie et tous les changements observables s’expliqueraient par des déplacements dans la répartition de cette quantité.Tout phénomène ne serait ainsi que la conséquence nécessaire des changements antérieurs, banal effet de réorganisation ; en conséquence la nouveauté ainsi que la liberté effective seraient impossibles.

( Car l’inédit et la liberté supposent qu’un phénomène véritablement nouveau apparaisse, précédé par rien, et qui n’est pas la transformation d’une énergie ou d’un mouvement déjà présent. La liberté authentique signifiant, selon cette veine, création. Thèse de Bergson ).

Les deux premiers déterminismes supposent l’éternité et la solidarité du tout des phénomènes identiques à l’être universel lui même formant un prédéterminisme absolu dont la raison d’être, située à l’infini est inaccessible ( Renouvier ).

Ainsi tout phénomène est issu d’antécédents, qui ont renfermé sa cause suffisante, et nul phénomène ne peut entrer dans la série sans être l’effet d’une telle cause suffisante.

3) ( déterminisme psychologique ) que tout acte prétendument libre a son origine dans un choix entre plusieurs motifs; et que ces motifs déterminent l’acte au sens où c’est le motif le plus puissant qui entraîne la décision.

Le choix ne serait qu’apparent et, connaissant les motifs, il serait possible de prévoir l’acte avant même qu’il ne soit accompli. Car l’individu est ici défini comme caractère et somme des influences qui s’exercent sur lui.

En conséquence de quoi la décision et l’acte prétendus libres pourraient être prévus dès lors que seraient connues la personnalité psychologique et les circonstances de la délibération.

-D’un autre côté on contestera :

A ) les allégations des déterminisme théologique, métaphysiques ( Stoa, Spinoza, Hegel…) et les certitudes de la physique classique ( Laplace ).

1) à la manière d’Epicure et de Lucrèce pour lesquels le clinamen a pour fonction de soustraire l’homme à toute solidarité aussi bien physique que politique ou encore mentale ce qui lui assure la capacité de se diriger selon certains préceptes de vie et d’obtenir le bonheur.

Clinamen fortuit des particules et des faits de hasard, aptitude contingente à la libre décision du sage, accident parmi les accidents, délié de la chaîne des causes, de la volonté de Dieu ou encore de la fatalité.

Les petits écarts aléatoires des particules, le hasard des rencontres d’atomes, les insécables, soustraient ainsi le monde et le sage à la rigoureuse causalité des lois mécaniques.

2) en se fondant sur les conclusions de la science contemporaine remettant en cause le déterminisme absolu de Laplace.

Ainsi la Théorie du chaos, science de la complexité, s’efforce d’expliquer comment au sein des systèmes dynamiques, l’ordre émerge du désordre, comment des conséquences imprévisibles peuvent naître de règles simples.

L’ordre pouvant surgir spontanément de l’interaction de nombreuses entités simples.

La non linéarité, l’apériodicité, la turbulence, la dépendance sensitive aux conditions initiales, la complexité, l’ interaction, l’ émergence, l’ instabilité, le hasard, la fractalité, l’incertitude, l’imprévisibilité … constituent désormais le vocabulaire de la représentation scientifique contemporaine de l’univers et des systèmes dynamiques qui ressortissent à la Théorie du chaos, la nouvelle image de la nature.

Ce vocabulaire nourrit la recherche scientifique comme la spéculation métaphysique sur les plans cosmologique, mathématique, physique, biologique, physiologique, psychologique, sociologique, économiques ( Poincaré, Lorenz, Smale, May, Feigenbaum, Mandelbrot, Stephen Jay Gould, Libchaber… ).

B ) les présupposés du déterminisme psychologique.

1 ) en alléguant à la manière de Biran ou encore de Lequier, Recherche d’une première vérité, le sentiment de liberté qui accompagnerait l’effort de choix et de décision.

2 ) en critiquant la thèse selon laquelle l’état de conscience actuel serait nécessité par les états précédents. ( Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience ).

Thèse supposant une interprétation associationniste de la vie mentale que l’on décompose en éléments psychiques à partir desquels on cherche à reconstruire l’acte pour en comprendre la possibilité.

Acte réduit à un résultat, une combinaison, une somme d’éléments préalablement existants.

Or le mot de liberté a selon Bergson un sens intermédiaire entre ceux qu’on accorde d’habitude aux deux termes de liberté et de libre arbitre.

Si être libre c’est d’une part être entièrement soi-même, agir en conformité avec soi -indépendance de la personne vis à vis de tout ce qui n’est pas elle-, ce n’est pas dépendre de soi même à la manière d’un effet lié à la cause qui le détermine nécessairement.

Cette liberté est néanmoins différente du libre-arbitre qui implique au sens habituel la possibilité des contraires.

La liberté est un rapport de soi à soi; être libre c’est ne dépendre que de soi; l’acte est libre quand le moi en est l’auteur et l’auteur est un être qui existe par soi.

Et la liberté n’est pas un pouvoir -puissance intellectuelle de choix entre les possibles et les motifs-, mais une manifestation d’être.

Si dans la vie quotidienne l’acte quelconque est généralement déterminé par un motif, l’acte véritablement libre est rare, le moi se modifiant lui même donnant un sens aux motifs par la création de soi par soi qu’il opére.

La liberté est ainsi création et l’acte libre peut se comprendre par analogie avec l’invention et la genèse de l’oeuvre d’art.

L’acte libre est donc une contingence et une causalité psychique différente de celle par laquelle le physicien et le Freudien pensent la liaison nécessaire des phénomènes -création par l’acte lui-même de quelque chose qui n’existe pas dans les antécédents.

Partant le libre-arbitre est une illusion, au même titre que l’idée de prévisibilité des actions et la croyance en la causalité unique.

Dans cette perspective la liberté est indéfinissable; le sujet en aurait l’intuition quand il agit ; le sentiment de l’effort dans les expériences de l’ attention, du rappel et de la création serait incontestable et irréductible.

4. Pourtant alléguer un sentiment n’a pas de valeur logique et ne saurait en conséquence engager la conviction.

Dualité irréductible de la logique et de l’existence…

Et s’il est désormais possible d’affirmer -scientifiquement- la contingence, on ne saurait toutefois prouver la liberté bien qu’on puisse la constituer en pétition de principe -cas de Sartre.

A la rigueur, peut-être, l’éprouve-t-on…

Le rire et l'effroi

07.01.09 | par Claude [mail] | Catégories: rire, effroi, Kant, Bergson, Schopenhauer

A -Pourquoi rit-on ?

B -Les philosophes n’ont guère été diserts sur le sujet. Quelques pages de Kant… les analyses de Bergson… qui concernent d’ailleurs tout autant le comique que le rire… mais surtout les développements de Schopenhauer…

A -Par où commencer ?

B -Peut-être par l’Analyse réflexive… par exemple une remarque de Alain… ou de Michel Alexandre…

Pour l’Auteur des Entretiens au bord de la mer… ivresse, le rire est une émotion, un état affectif assez bref, parfois violent et paroxystique qui secoue le corps, le fameux “sac de peau", en affectant la physionomie jusqu’à la déformation des traits, la grimace et la laideur.

A -C’est incontestable. Mais il s’agit là d’ une simple description et non pas d’ une explication…

B -Soit. Allons donc plus avant. Passons à la Phénoménologie.

Le fait de rire exprime une attitude existentielle. C’est une expérience spécifique. Le sujet -en présence d’un geste, d’un propos ressentis et tenus immédiatement pour ridicules-, s’échappe à lui même, s’abandonne et rit.

Le rire -cette échappée de sens-, est appelé par le comique qui l’engendre nécessairement comme une réaction fruste et spontanée.

A -Le rire est donc l’effet d’une rencontre

B - … d’ une rencontre … imprévue. Incongruité…

C’est la thèse de Schopenhauer… Pour la résumer brièvement : l’émotion naît du contraste ressenti des deux facultés principales de la représentation humaine : l’ intuition et la raison

A - ?…

B -L’intuition saisit les événements dans la succession de leur apparition, dans leur singularité. Néanmoins tout événement bien qu’unique, n’est pas pour autant original. La plupart sont répétitifs et en tant que tels, peuvent être signifiés par une forme verbale, un concept…

A -… oeuvre de la mémoire…

B -C’est cela… Le rire naît donc du télescopage d’un événement imprévu et d’une attente fondée sur une habitude.Vous êtes accoutumé à mon costume et je vous surprends inopinément par tel déguisement insolite . En conséquence de quoi : vous riez….

A -Opposition du général et du particulier… Me reviennent en mémoire tel ou tel mot de Lichtenberg…

B -Je devine… Une objection cependant : si l’imprévisibilité constitue l’un des facteurs déclenchants, elle est certes condition nécessaire mais non suffisante : toute surprise ne génère pas le rire. Elle peut tout aussi bien engendrer les larmes -c’est l’attente déçue-, ou l’admiration, -cet étonnement nu devant la valeur, la beauté ou la noblesse-, ce pur état représentatif, voire esthétique, la “première” des Passions de l’âme selon Descartes.

A -Quel est donc le facteur discriminant qui caractérise le rire ?

B -Mon cher ami, c’est ici où le diable pointe le bout de son nez… Rappelez-vous Baudelaire : le rire est d’essence dia-bolique… au sens étymologique de “ce qui est jeté en travers de…”

A -Car si c’est le comique qui engendre le rire, c’est que tout comique est comique de chute.
En ce sens le rire est bien sanction comme l’a montré Bergson, notamment dans la condamnation par le groupe social des ridicules, des travers et des vices par où le sujet devient sa propre caricature, sa propre marionnette, un “type” identifiable et représenté à la scène pour la Comédie ou la Farce.

B -De l’ “automatisme plaqué sur du vivant“…

Certes. Mais si, avec Bergson, nous avons mis à jour le rôle social du rire, sa fonction, par la punition qui en résulte, la publique infamie; si, avec Schopenhauer, nous avons compris son origine, son essence toutefois nous échappe encore…

A -Mais qu’ajouter à ces Auteurs ?

B -Je vous propose de reprendre et de poursuivre dans le sens de Baudelaire… non pas selon l’optique édifiante d’un manquement à l’impératif de charité, mais dans le registre d’une expérience métaphysique.
Et cette expérience aurait un nom , -c’est l’effroi-, mais surtout une source : l’effroi éprouvé… à la révélation de l’absolue précarité du réel.

A -Il y a de cela chez Bataille…

B -Certainement… Nous rions de la chute d’autrui, de ses erreurs involontaires, de ses bègaiements, de ses ridicules ; nous nous gaussons du trébucher des êtres et parfois des choses… Nous jouissons du spectacle de ses défaillances ; mais à la manière d’une catharsis qui nous délivre, d’un divertissement trouble où l’angoisse nous saisit à la pensée que nous aussi nous sommes et serons sujets aux mêmes défaillances, aux mêmes mésaventures.
La chute d’autrui est le miroir de notre propre et inévitable chute à venir, le signe de notre banale et pitoyable condition : voila ce que tu es !
On n’échappe pas à la maladresse, à l’habitude devenue tic, à la caricature de soi, à l’impair, à la gaffe… ou encore à la gène de l’humiliation publique. Tôt ou tard notre tour viendra…

Voilà la leçon anticipée et secrète qui est enveloppée dans notre rire apparemment si ingénu…

A - … rire qui serait donc le révélateur ontologique de la précarité du réel

B -…. et bien plus encore : une maladroite stratégie de diversion… son hystérique dénégation.

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Philosophie pataphysique, chrestomathie

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