PRINCIPES DE ‘PATAPHILOSOPHIE
La ‘Pataphysique est la fin des Fins.
La ‘Pataphysique est le répertoire des Solutions imaginaires.
La ‘Pataphysique est le relevé indéfini des Singularités.
La ‘Pataphysique est l’Ascience.
CONCEPTS ELEMENTAIRES
1. Il y a…
2. Le vide.
3. Le hasard.
4. Le silence.
5. Le changement.
6. L’horreur.
7. La tragédie, l’existence.
8. L’agitation vitale, esclave et sociétaire.
9. Le théâtre du retrait: je regarde et me garde.
10. L’art poétique: le haïku, le fragment, l’oeuvre en archipel.
11. L’éthique ( Philosophie du départ ).
L’exil : choisir sa manière de s’évader. Indifférence, humour, politesse, lucidité.
12. Le consentement : s’attendre à tout, n’espérer rien.
La critique de l’intelligence par l’intelligence aboutit aux conclusions suivantes :
1. Débilité et étroitesse de la raison humaine. Le monde excède notre conception. Notre science ne peut nous en donner qu’une figuration symbolique, à l’échelle humaine, bornée et sujette à révision.
2. Il est impossible d’établir la raison d’être de quoi que ce soit. Et le dogmatisme philosophique n’est qu’un illusoire acte de foi dans la puissance de la raison.
3. L’univers n’est pas un système complet et ne renferme pas de systèmes complets.
4. La contingence est la modalité de l’expérience. L’aléa, l’accident, la catastrophe et la crise sont l’ordinaire de l’univers représenté.
5. Prédominance du vouloir-vivre inconscient sur l’intelligence.
6. Présence des représentations obscures dans notre vie intellectuelle et morale.
7. Divergence de la logique intellectuelle et de la logique affective.
8. Divergence de la logique et du langage.
9. Fluidité insaisissable, incommunicable, intraduisible et inexprimable de notre subjectivité recouverte par notre personnalité sociale, superficielle et conventionnelle.
10. Malentendus et quiproquos sont l’ordinaire des relations sociales.
11. Confusion des idées morales, politiques, économiques ; variété indéfinie des usages, des coutumes et des moeurs.
12. Le monde n’est révoltant que pour une sensibilité candide assoiffée de vérité, de justice et de bonheur.
13. La conséquence pratique de l’argumentaire est l’égotisme esthétique, c’est-à-dire :
-l’affirmation de l’individualisme spectaculaire, attitude du contemplateur dégagé du monde de l’action, dédaigneux des intérêts, des croyances, des passions sur lesquels repose l’existence sociale, et qui ne considère la vie et la société qu’en tant qu’objets de curiosité.
-l’indifférence kuniste et la quiétude épicurienne de quiconque, affranchi des contraintes et des conventions, constitue la jouissance représentative en motif d’exister.
14. L’irrationaliste prend son parti de l’absence d’ordre, du désarroi cosmique, social et moral. Il ne souffre nullement de l’incohérence des choses. Il sourit aux chimères et aux idéaux rationalistes, aux idéologies artificielles, aux idéaux de convention, aux explications prétentieuses du passé, aux prévisions fallacieuses de l’avenir.
15. Il goûte à l’instantanéité et jouit du charme de la sensation présente.
16. Dédaignant la raison rigide et morose, sa musagète est la libre fantaisie.
Il ne participe pas.
la pensée de la mort a-t-elle un objet ?
Le mythe, le conte, la nouvelle, le poème symphonique, l’image… constituent la mort en thème de leur représentation.
1. De quoi parle-t-on quand on parle de la mort ?
-En premier lieu de la mort des autres :
on meurt, ils meurent; mort anonyme, mort en troisième personne (cf. Heidegger / Jankélévitch ).
-Puis du deuil cruel qui me ravit mes proches, ceux qui me sont chers.
Expérience de l’amputation, de la déchirure. Expérience de l’horreur. Effet de disparition, d’annulation. Incompréhensible rupture qui échappe à toute interprétation. Tragédie absolue, pensée du désastre.
Révélation ontologique de la contingence et de la précarité de tout existant.
Fragilité impensable des êtres et des choses.
Ainsi : Nous sommes dus à la mort, nous et nos choses ( Horace ).
Secret à ne jamais révéler aux vivants, ainsi que le montre la Barbe bleue ( Les frères Perrault ).
-Je peux enfin évoquer ma mort, cet événement singulier, cet hapax ; cependant que je ne peux en avoir l’expérience directe mais seulement oblique, biaisée.
Peut-être aurai-je néanmoins l’expérience de mon agonie, de ces derniers moments de lucidité qui précèdent mon décès.
Si je meurs de mort naturelle. Si la conscience de cette agonie ne m’est pas dérobée par l’accident ou l’ extrême souffrance ou encore par l’ indiscrète sollicitude d’autrui.
Voire par l’acharnement thérapeutique de praticiens zélés…
2. La conscience est une fonction ainsi que le privilège du vivant ; la mort est le sarcophage -ce qui ronge les chairs- du défunt ( selon l’étymologie : celui qui n’a plus de fonction ).
La pensée de la mort est donc extérieure à son objet.
Cet étrange objet qui n’est qu’un objet de pensée, une représentation plus ou moins émouvante. Voire un complexe de fantasmes ( cf. Epicure, Lucrèce ).
Paradoxe de la pensée de la mort qui a bien un objet mais qui est privée de référent.
3. Penser la mort est donc occasion de méditation sur l’être, sur le changement, sur l’entropie, sur la finitude, sur la discontinuité et la catastrophe. Sur la tragédie.
Sur cet événement extraordinaire et banal auquel il n’est pas en mon pouvoir d’échapper.
Pensée métaphysique.
Penser la mort, c’est aussi relever ses mises en scènes, ses rituels, les images et les symboles qui l’accompagnent.
Pensée de la perte, du supplice, de la dilapidation, de la part maudite de l’existence ( cf. Bataille ).
Pensée anthropologique.
Penser la mort, c’est enfin dégager une leçon de ténèbres désenchantée, c’est en déduire les conséquences existentielles adéquates à une existence plus disciplinée, plus surveillée, mieux maîtrisée.
Autoédification.
La liberté peut-elle être prouvée ?
1. Au sens vulgaire le concept de liberté désigne le pouvoir de se mouvoir ( liberté physique ), d’agir ( liberté civile ), de jouir de ses droits ( liberté politique ), de se conduire selon sa conscience ( liberté d’opinion ), de penser et de s’exprimer… sans contrainte.
Quant à la liberté des philosophes, la liberté rationnelle, elle définit la capacité à juger et à agir en pleine conscience, conformément à l’exigence de vérité ou du bien.
Ce qui enveloppe le pouvoir de se déterminer rationnellement sans être contraint par une force extérieure.
2. Prouver, c’est vérifier le bien fondé d’une proposition, c’est attester la réalité d’un fait.
3. Prétendre prouver la liberté revient alors à réfuter les tenants du déterminisme et du fatalisme.
Débat académique.
-D’un côté on alléguera :
1 ) ( déterminisme théologique) l’incompatibilité de la liberté avec les attributs divins, la toute puissance de Dieu, la préscience du futur etc…
2) ( déterminisme physique ) les principes de conservation du mouvement et de l’énergie, ” rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".
Il y aurait dans l’univers une quantité donnée de mouvement et d’énergie et tous les changements observables s’expliqueraient par des déplacements dans la répartition de cette quantité.Tout phénomène ne serait ainsi que la conséquence nécessaire des changements antérieurs, banal effet de réorganisation ; en conséquence la nouveauté ainsi que la liberté effective seraient impossibles.
( Car l’inédit et la liberté supposent qu’un phénomène véritablement nouveau apparaisse, précédé par rien, et qui n’est pas la transformation d’une énergie ou d’un mouvement déjà présent. La liberté authentique signifiant, selon cette veine, création. Thèse de Bergson ).
Les deux premiers déterminismes supposent l’éternité et la solidarité du tout des phénomènes identiques à l’être universel lui même formant un prédéterminisme absolu dont la raison d’être, située à l’infini est inaccessible ( Renouvier ).
Ainsi tout phénomène est issu d’antécédents, qui ont renfermé sa cause suffisante, et nul phénomène ne peut entrer dans la série sans être l’effet d’une telle cause suffisante.
3) ( déterminisme psychologique ) que tout acte prétendument libre a son origine dans un choix entre plusieurs motifs; et que ces motifs déterminent l’acte au sens où c’est le motif le plus puissant qui entraîne la décision.
Le choix ne serait qu’apparent et, connaissant les motifs, il serait possible de prévoir l’acte avant même qu’il ne soit accompli. Car l’individu est ici défini comme caractère et somme des influences qui s’exercent sur lui.
En conséquence de quoi la décision et l’acte prétendus libres pourraient être prévus dès lors que seraient connues la personnalité psychologique et les circonstances de la délibération.
-D’un autre côté on contestera :
A ) les allégations des déterminisme théologique, métaphysiques ( Stoa, Spinoza, Hegel…) et les certitudes de la physique classique ( Laplace ).
1) à la manière d’Epicure et de Lucrèce pour lesquels le clinamen a pour fonction de soustraire l’homme à toute solidarité aussi bien physique que politique ou encore mentale ce qui lui assure la capacité de se diriger selon certains préceptes de vie et d’obtenir le bonheur.
Clinamen fortuit des particules et des faits de hasard, aptitude contingente à la libre décision du sage, accident parmi les accidents, délié de la chaîne des causes, de la volonté de Dieu ou encore de la fatalité.
Les petits écarts aléatoires des particules, le hasard des rencontres d’atomes, les insécables, soustraient ainsi le monde et le sage à la rigoureuse causalité des lois mécaniques.
2) en se fondant sur les conclusions de la science contemporaine remettant en cause le déterminisme absolu de Laplace.
Ainsi la Théorie du chaos, science de la complexité, s’efforce d’expliquer comment au sein des systèmes dynamiques, l’ordre émerge du désordre, comment des conséquences imprévisibles peuvent naître de règles simples.
L’ordre pouvant surgir spontanément de l’interaction de nombreuses entités simples.
La non linéarité, l’apériodicité, la turbulence, la dépendance sensitive aux conditions initiales, la complexité, l’ interaction, l’ émergence, l’ instabilité, le hasard, la fractalité, l’incertitude, l’imprévisibilité … constituent désormais le vocabulaire de la représentation scientifique contemporaine de l’univers et des systèmes dynamiques qui ressortissent à la Théorie du chaos, la nouvelle image de la nature.
Ce vocabulaire nourrit la recherche scientifique comme la spéculation métaphysique sur les plans cosmologique, mathématique, physique, biologique, physiologique, psychologique, sociologique, économiques ( Poincaré, Lorenz, Smale, May, Feigenbaum, Mandelbrot, Stephen Jay Gould, Libchaber… ).
B ) les présupposés du déterminisme psychologique.
1 ) en alléguant à la manière de Biran ou encore de Lequier, Recherche d’une première vérité, le sentiment de liberté qui accompagnerait l’effort de choix et de décision.
2 ) en critiquant la thèse selon laquelle l’état de conscience actuel serait nécessité par les états précédents. ( Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience ).
Thèse supposant une interprétation associationniste de la vie mentale que l’on décompose en éléments psychiques à partir desquels on cherche à reconstruire l’acte pour en comprendre la possibilité.
Acte réduit à un résultat, une combinaison, une somme d’éléments préalablement existants.
Or le mot de liberté a selon Bergson un sens intermédiaire entre ceux qu’on accorde d’habitude aux deux termes de liberté et de libre arbitre.
Si être libre c’est d’une part être entièrement soi-même, agir en conformité avec soi -indépendance de la personne vis à vis de tout ce qui n’est pas elle-, ce n’est pas dépendre de soi même à la manière d’un effet lié à la cause qui le détermine nécessairement.
Cette liberté est néanmoins différente du libre-arbitre qui implique au sens habituel la possibilité des contraires.
La liberté est un rapport de soi à soi; être libre c’est ne dépendre que de soi; l’acte est libre quand le moi en est l’auteur et l’auteur est un être qui existe par soi.
Et la liberté n’est pas un pouvoir -puissance intellectuelle de choix entre les possibles et les motifs-, mais une manifestation d’être.
Si dans la vie quotidienne l’acte quelconque est généralement déterminé par un motif, l’acte véritablement libre est rare, le moi se modifiant lui même donnant un sens aux motifs par la création de soi par soi qu’il opére.
La liberté est ainsi création et l’acte libre peut se comprendre par analogie avec l’invention et la genèse de l’oeuvre d’art.
L’acte libre est donc une contingence et une causalité psychique différente de celle par laquelle le physicien et le Freudien pensent la liaison nécessaire des phénomènes -création par l’acte lui-même de quelque chose qui n’existe pas dans les antécédents.
Partant le libre-arbitre est une illusion, au même titre que l’idée de prévisibilité des actions et la croyance en la causalité unique.
Dans cette perspective la liberté est indéfinissable; le sujet en aurait l’intuition quand il agit ; le sentiment de l’effort dans les expériences de l’ attention, du rappel et de la création serait incontestable et irréductible.
4. Pourtant alléguer un sentiment n’a pas de valeur logique et ne saurait en conséquence engager la conviction.
Dualité irréductible de la logique et de l’existence…
Et s’il est désormais possible d’affirmer -scientifiquement- la contingence, on ne saurait toutefois prouver la liberté bien qu’on puisse la constituer en pétition de principe -cas de Sartre.
A la rigueur, peut-être, l’éprouve-t-on…
Philosophie pataphysique, chrestomathie
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