Insolites…
L’insolite abonde et surabonde… (Lothaire Liogieri, Matériaux cryptés pour un éloge de l’insignifiant).
1.
Le terme désigne tout événement dérogeant au désordre habituel des choses selon les représentations, les définitions et les classifications ordinairement admises.
L’insolite, modalité du jugement, désigne une manière d’incongruité réalisée.
L’analyse de la notion relève tout à la fois de l’ontologie, de la psychologie et de la critique du jugement.
Evénement singulier, non seulement en raison de son caractère particulier et exceptionnel, -car tout événement, hapax, exprime ces qualités-, l’insolite surprend par son aspect non conventionnel, inusité, inattendu.
Extravagant, Il rompt la chaîne habituelle des séquences factuelles.
Il surprend, il arrête… tout en suscitant intérêt et perplexité.
Transversale axiologique, il concerne tous les plans de l’existence : économique, politique, juridique, scientifique, idéologique,
artistique, religieux, ludique… et jusqu’au fait divers.
2.
D’où le plaisir qu’on peut goûter à cette irruption de l’inopiné relevant la banale fadeur de l’existence.
C’est pourquoi on ne s’étonnera pas que l’insolite réjouisse le ‘pataphysicien dont
le détachement contemplatif enveloppe une vision délibérément esthétique des choses de ce monde.
3.
On propose ici -hétéroclite pêle-mêle- quelques exemples de ces rencontres imprévues sur une durée d’une seule semaine.
Croisements innocemment rapportés par quelques médias.
Exemples donnés tels quels, dégagés de tout bavardage, de tout commentaire comme de tout jugement de valeur, ces intellectuelles manies qui traduisent l’obsession de l’explication, de la causalité, de l’interprétation d’une espèce inquiète, aussi brouillonne que systématique, toujours en quête de sens, de source, de raison, de fondement, de logique, d’intelligibilité.
Rencontres d’autant plus remarquables, en ce qu’elles ne peuvent génèrer que le silence, puisqu’il n’y a rien à en penser!
Le degré zéro de l’intelligence accompagne ainsi le plaisir procuré par l’insignifiance d’un “texte” événementiel, selon le principe ‘pataphysique de l’équivalence axiologique des successions empiriques.
Libéré du prurit de la recherche du Sens, on jouira donc de l’étonnante richesse
et de l’insolente insignifiance d’un réel qui dépasse, et de loin, par sa vertu aussi hasardeuse que féconde d’aveugle invention, les créations, fictions, frictions
et autres élaborations de l’humaine imagination.
Autant de matériaux pour une éventuelle et muette apoétique de la surprise.
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08.03.O9
Un magicien prétendait voyager en caisse expédiée par avion.
Un enfant présente des dons de guérisseur après avoir été frappé par la foudre.
Vidéo : Une bataille de polochons à 20 000 dollars.
Un homme consacre sa ferme aux animaux malformés.
Il faisait fumer du cannabis à son chaton.
Les profanateurs du cimetière d’Herrlisheim jugés pour tentative de meurtre.
09.03.09
La police chinoise confond un briquet avec un fusil.
Un nouveau mode de commande à distance utilisant les expressions faciales.
Les Simpsons, victimes de la crise!
Un goûteur de café assure sa langue pour des millions d’euros.
Une artiste crée d’étonnantes figurines de stars.
Un requin pèlerin de 8m de long pêché près d’Athènes.
Le président bolivien mâche une feuille de coca devant des ministres.
Un message “secret” découvert dans une montre à gousset de Lincoln.
A 70 ans, voleur de vélos en série.
Espagne: de la cocaïne liquide dans des bombes aérosol pour le ménage.
Suisse: le canton de Lucerne lève l’interdiction de danser les jours fériés.
Un homme survie à un plongeon dans les chutes du Niagara.
Un arbitre implore un gardien de stopper un pénalty.
1O.03.09
Fatwa contre un produit anti-calvitie pouvant empêcher les érections.
Vente annuelle de jeunes filles à marier en Bulgarie.
Un éléphant avec une prothèse de jambe.
Une plage transformée en galerie d’art.
Un portrait de Barack Obama réalisé en céréales de petit-déjeuner.
La soirée Facebook se termine en champ de bataille à Tours.
L’Unicef lance un défi : créer la plus longue file d’attente aux toilettes du monde.
Un village anglais mis en vente.
A 6 ans, il a grimpé 5 fois l’Everest.
Un goûteur de café assure sa langue pour des millions d’euros.
Et si on conduisait une voiture avec la langue?
Une meilleure vie sexuelle pour les femmes poilues ?
Une femme ne sort pas de chez elle depuis deux ans car elle rote sans arrêt.
L’odeur des œufs pourris aurait le même effet que le Viagra.
Une femme arrache la langue de son petit ami pendant un baiser.
11.03.09
Des états de l’Union Européenne envisage de taxer les pets du bétail.
Un magazin reçoit un cadavre à la place de poissons tropicaux.
Un huissier agressé par des baisers.
Une femme raconte qu’elle hurle comme un loup depuis 26 ans et qu’elle ne peut s’en empêcher.
L’eau de la Manche vendue comme remède contre le rhume.
Un basketteur accusé d’avoir uriné dans des boissons destinées à ses coéquipiers.
Une entreprise contraint ses futurs collaborateurs à montrer leurs oreilles.
Un homme se coud les lèvres pour se faire entendre.
Une association religieuse propose de laisser un messsage sur le répondeur de Dieu.
Une équipe de football dont tous les joueurs portent le même nom.
Un artiste utilise sa propre tête comme support de son art.
Un futur marié braque des banques pour payer la cérémonie.
UN ” hôtel de passe ” pour grenouilles.
Une femme échange deux enfants contre un oiseau rare.
Une femme de 74 ans expulsable pour avoir donné trop à manger aux pigeons.
Une famille fait 48000 km pour rejoindre l’Australie en voiture.
Un homme sauve la vie de trois personnes et reçoit une amende.
Une chaussure téléphone portable.
Un pêcheur trouve un téléphone portable à l’intérieur d’une morue.
Deux bébés naissent ds deux utérus d’une seule femme.
12.03.09
Un concert avec des instruments de musique en glace.
Des voleurs essaient d’échanger des billets disparus depuis 1945.
Une tortue à deux têtes découverte en Chine.
Agressé par une sucette, le chauffeur d’un car traîne des enfants devant la police.
Crottes de chiens : un député allemand veut suivre la piste génétique.
La justice refuse de rendre son rein à un plaignant.
Un Algérien mange n’importe quoi même des clous, des ampoules et de la sciure.
Un homme se réveille avec une aiguille à crocheter dans le pénis.
Un restaurateur paie ses clients pour manger à volonté.
13.03.09
Un toboggan à l’intérieur d’une société pour faciliter les déplacements des employés.
Les consoles de jeux produiraient des réactions cutanées.
Un ver bien vivant cause une panne d’ordinateur.
L’usage des WC payant un jour sur Ryanair ?
Découvrez en images l’intérieur des vagues.
Un homme abandonne sa voiture pour le kayak.
Une femme amputée des deux jambes devient une sirène grâce à une prothèse spéciale.
Un jeu pour téléphone portable se moque du ministre japonais soûl au G8.
14.03.09
Un homme recrée le Temple d’Hérode en miniature.
A 71 ans, elle est la femme âgée la plus tatouée du monde.
Un homme attrape une raie de 350 kg avec une canne à pêche.
Un artiste crée des illusions d’optique au milieu des chaussées.
Une ville française veut changer de nom à cause de Google.
La maman des octuplés jouera-t-elle dans un film pornographique ?
Contre la crise, un restaurant où on négocie les prix.
Un crocodile s’échappe d’un restaurant et monte dans un immeuble d’habitation.
Un rat pose pour des photos.
Découvrez l’évolution d’Elaine Davidson, la femme la plus piercée du monde.
Une femme de 102 ans engagée dans une bataille juridique de plusieurs décennies.
Un fonctionnaire européen parle 42 langues.
Un toboggan à l’intérieur d’une société pour faciliter les déplacements des employés.
Les consoles de jeux produiraient des réactions cutanées.
La critique de l’intelligence par l’intelligence aboutit aux conclusions suivantes :
1. Débilité et étroitesse de la raison humaine. Le monde excède notre conception. Notre science ne peut nous en donner qu’une figuration symbolique, à l’échelle humaine, bornée et sujette à révision.
2. Il est impossible d’établir la raison d’être de quoi que ce soit. Et le dogmatisme philosophique n’est qu’un illusoire acte de foi dans la puissance de la raison.
3. L’univers n’est pas un système complet et ne renferme pas de systèmes complets.
4. La contingence est la modalité de l’expérience. L’aléa, l’accident, la catastrophe et la crise sont l’ordinaire de l’univers représenté.
5. Prédominance du vouloir-vivre inconscient sur l’intelligence.
6. Présence des représentations obscures dans notre vie intellectuelle et morale.
7. Divergence de la logique intellectuelle et de la logique affective.
8. Divergence de la logique et du langage.
9. Fluidité insaisissable, incommunicable, intraduisible et inexprimable de notre subjectivité recouverte par notre personnalité sociale, superficielle et conventionnelle.
10. Malentendus et quiproquos sont l’ordinaire des relations sociales.
11. Confusion des idées morales, politiques, économiques ; variété indéfinie des usages, des coutumes et des moeurs.
12. Le monde n’est révoltant que pour une sensibilité candide assoiffée de vérité, de justice et de bonheur.
13. La conséquence pratique de l’argumentaire est l’égotisme esthétique, c’est-à-dire :
-l’affirmation de l’individualisme spectaculaire, attitude du contemplateur dégagé du monde de l’action, dédaigneux des intérêts, des croyances, des passions sur lesquels repose l’existence sociale, et qui ne considère la vie et la société qu’en tant qu’objets de curiosité.
-l’indifférence kuniste et la quiétude épicurienne de quiconque, affranchi des contraintes et des conventions, constitue la jouissance représentative en motif d’exister.
14. L’irrationaliste prend son parti de l’absence d’ordre, du désarroi cosmique, social et moral. Il ne souffre nullement de l’incohérence des choses. Il sourit aux chimères et aux idéaux rationalistes, aux idéologies artificielles, aux idéaux de convention, aux explications prétentieuses du passé, aux prévisions fallacieuses de l’avenir.
15. Il goûte à l’instantanéité et jouit du charme de la sensation présente.
16. Dédaignant la raison rigide et morose, sa musagète est la libre fantaisie.
Il ne participe pas.
Le beau peut-il ne pas plaire ?
Trois ouvertures :
-métaphysique de l’art, réflexion normative ( Platon, Plotin );
-philosophie de l’art, analyse des conditions de la création et de la réception, du génie et du jugement de goût ( Baumgarten, Kant, Schopenhauer, Alain );
-’pataphysique de l’art, métalangage décalé ( Valéry, la ‘Pataphysique, Oulipo… ).
1. Qu’est-ce que le beau ?
-le nihilisme en nie purement et simplement l’existence. Réalité et valeur sont évacuées.
-le scepticisme relativiste et culturaliste le ramène à l’expérience subjective, au jugement de sensibilité, à l’agréable, aux conventions d’époque et aux modes socio-culturelles.
Il serait arbitraire et / ou d’inculcation. ( cf N. Goodman )
Dans le même sens et d’après la thèse classique du nominalisme, Spinoza, par exemple, le réduit à un mot.
-Kant, précédant Schiller ( cf. Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme ), le pense comme un universel réalisant l’accord des sensibilités. Dans cette perspective le jugement de goût -ceci est beau- traduirait un sens commun, véritable paradigme de l’union des esprits et… solution au différend politique ( cf.l’ Analytique du beau et la reprise post-moderne de Jean François Lyotard, Le Différend ).
L’idylle donc ou encore… la salle de concert.
-contre les philosophies anglaises du plaisir subjectif qui déniaient toute objectivité au beau, Diderot ( Lettre sur les sourds et muets… ) affirme que le goût en général consiste dans la perception des rapports, c’est-à-dire des relations d’harmonie, d’ordre et d’équilibre que l’esprit humain perçoit dans les productions de la nature ou les oeuvres de l’art.
Cournot ( Essai sur l’enchaînement des idées fondamentales ) reprendra cette thèse.
-le naturalisme, le darwinisme et… la philosophie vétérinaire déduisent le beau de l’utile et le définissent comme mesure étalonnant les individus indexés à la perfection d’un type pour chaque espèce animale considérée, -y compris l’espèce humaine.
D’où la possibilité des dérives eugénistes…
-le réalisme platonicien ou encore plotinien ( Ennéades ) le constitue en absolu, en valeur, en idée pure, en épiphanie de l’être selon la doctrine de la Conversion des Transcendantaux -Vrai= Bien= Beau-, comme autant de modalités de l’ Etre ( cf. Platon, Alcibiade Majeur ).
Ainsi subjectivisme, universalisme, matérialisme et idéalisme se disputent-t-ils la problématique…
2. Le beau est un concept. Il qualifie l’ objet, la chose, l’être vivant, l’être humain, l’oeuvre d’art. A l’instar de ces autres concepts que sont le joli, le gracieux, le sublime.
De la même manière les expressions de l’écart, la laideur, la disgrâce, la monstruosité -à distinguer du prodige-, désignent certains caractères empiriquement constatés des choses, des êtres et des oeuvres.
Le beau exprime également une émotion d’un certain type éprouvée à la représentation d’une chose qui suscite l’admiration.
Etat représentatif et affectif, il est donc d’expérience.
Manifestation, attribut du réel, et expression d’un jugement d’appréciation -jugement de goût- il rassemble réalisme et nominalisme tout en dévoilant le caractère réducteur de l’unilatéralisme de ces deux écoles ( cf les analyses de Cournot et de R. Ruyer ).
3. Le beau peut-il ne pas plaire ?
Plaire, c’est séduire, c’est susciter l’admiration -passion et état représentatif-, c’est éveiller le désir de la possession ou de l’imitation -état affectif.
C’est tenter.
La beauté, le plus souvent de rencontre, peut surprendre. Elle peut intimider. Voire inquiéter. Elle est ordinairement vécue comme indiscutable. Indépendamment des conventions qui l’ habillent et au sein de ces conventions mêmes, elle semble s’imposer.
Comme une évidence.
Le beau apparaît toujours comme le signe d’ un infiniment désirable, d’un absolu, ce qui génère l’enthousiasme, la passion, l’ amour, et jusqu’à la folie ( cf. Thomas Mann, La mort à Venise ).
Amour, c’est toujours amour du beau. On ne meurt donc pas d’amour. On meurt d’être éconduit, de laisser échapper la beauté, de la voir disparaître ( Cf. le suicide d’ Antinoüs ).
La beauté, séduction tragique de l’éphémère, masque de l’horreur, est ainsi au coeur de l’ existence le sortilège fondamental, le charme qui nous lie aux prestiges de la vie ( La Sibylle pataphysique, Eclats ).
L’oeuvre d’art nous met-elle en présence d’une vérité à découvrir par d’autres voies ?
1. la portée de l’oeuvre d’art, sinon sa fonction, serait de manifester la vérité …
Thèse avancée notamment par Martin Heidegger.
Et qui enveloppe la confusion volontaire des catégories de vérité et de réalité, de vérité et d’être.
L’art serait dévoilement et dés/occultation -aléthéia.
Le vrai -la chose en sa vérité- préexisterait à l’expérience -banale perception ou montage scientifique plus élaboré.
Et le poète, tel un mage, serait le médium privilégié de cette extraordinaire apparition.
2. Il est possible de refuser cette réduction mystique de la vérité à l’être, de la logique à l’existence, du poétique au métaphysique.
Quel que soit le moyen d’expression employé -littéraire, plastique, musical, dramatique, chorégraphique, cinématographique ou autre… l’oeuvre est moins une révélation -terme mystico-théologique-, qu’une fiction.
Catégorie ontologique tout autant que poétique et qui signifie pour un type d’existence singulier faisant toute sa place à l’imaginaire qu’on ne confondra toutefois pas avec l’irréel.
L’oeuvre d’art dévoile moins qu’elle ne constitue un univers supplémentaire de formes et de signes agencés selon le cas de façon plus ou moins originale par le moyen d’ une grammaire spécifique.
Et plus originale qu’originaire ; non pas reflet d’une réalité arbitrairement confondue avec la vérité mais inédit ajout à la banalité du réel.
Philosophie pataphysique, chrestomathie
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