Catégorie: Jarry

Queneau à la Bourse ou chez les fous économistes

“fous” économistes, anthropologues et médecins de la civilisation

Voyez, voyez la machine tourner, voyez, voyez la cervelle sauter…

Alfred Jarry, Chant du décervelage
***

Les fous économistes…

Quêteurs d’ether, trisecteurs, quadrateurs, chercheurs de mouvement perpétuel, géniteurs de nouveaux paradigmes culturels, économiques, socio-politiques…

Aux “fous littéraires” relevés jadis par R. Queneau, le Collège de ‘Pataphysique non occulté et plus récemment par Marc Décimo, s’adjoignent les fous “scientifiques", auto-proclamés ” anthropologues", brasseurs d’idées à la compétence prétendument universelle.

Mais qui -pour la satisfaction du ‘pataphysicien- ne sont pas les moins intéressants…

Notamment dans le domaine de la docte économie politique.

Ainsi, les divers avatars de cette gérontocratie médiatique omniprésente -nouvelle nef des fous- constituée d’une séquelle laborieuse et bavarde de gourous… sexagénaires.

*

Ne pouvant s’accommoder d’un réel chaotique insatisfaisant fait d’inintelligibilité, d’exceptions événementielles, de contingence et de précarité factuelles, après avoir reproduit en toute inconscience l’espèce, c’est-à dire renouvelé les conditions biologiques du tragique, se souciant mais un peu tard de l’avenir de sa progéniture, la conscience malheureuse, hallucinée et ressentimenteuse, jouant l’air bien connu de la culpabilisation générale, brasse les filets d’air de la dialectique transcendantale, plus précisément de la raison pure en économie politique.

Substituant une mythologie à une autre… elle se propose de remplacer la Providence par la Raison et la Démocratie totalitaire… le marché universel par le fantasme “régulateur” des Lumières (sic) et le fanatisme de la “Bonne Gouvernance Mondialisée” …

Elle en appelle à l’émergence d’une nouvelle classe cosmopolite “citoyenne et responsable"… apte à résoudre les prétendus contemporains” défis” écologique, financier, économique et démographique…

Afin de mieux… sauver la planète et le genre humain !

On ne doute de rien…

*

Pour modestement contribuer à cerner ces audacieuse divagations, on donnera cet extrait d’une intervention de Vaclav Klaus sur l’alarmisme, texte qui décrit assez bien la récurrence d’une attitude faite de certitude dogmatique planificatrice et d’arrogance relationnelle :

…Voici quelques jours, j’ai prononcé un discours à Prague lors d’une rencontre officielle organisée en souvenir du 60e anniversaire du putsch communiste de 1948 dans l’ex-Tchécoslovaquie. L’un des arguments essentiels de mon discours, repris dans les principaux journaux du pays, était le suivant : les dangers du futur n’auront pas les mêmes formes. L’idéologie d’inspiration sera différente.

La source, néanmoins, sera la même : l’idée délétère selon laquelle l’individu doit être sacrifié au bien commun, et la certitude inébranlable qu’ont ceux qui portent cette idée qu’ils ont le droit de nier la liberté humaine pour remodeler la réalité à leur guise. Ce à quoi je pensais, au moment où je parlais, était, bien sûr, l’écologisme, et l’alarmisme climatique qui en découle.

…Cela me reconduit à la politique. Dès lors que j’ai connu personnellement la planification centrale communiste de toutes sortes d’activités, je me sens obligé de rappeler les arguments presque oubliés du fameux débat plan contre marché qui a marqué la pensée économique des années 1930 (Mises et Hayek étaient d’un côté de l’équation, et Lange et Lerner de l’autre), les arguments mêmes que nous avons utilisé jusqu’à la chute du communisme. La façon dont les alarmistes du climat et leurs compagnons de route dans la politique et dans les médias présentent et justifient leur volonté de remodeler la société appartient à la même présomption fatale que le communisme ou le planisme. A mon grand désespoir, ce n’est pas dit suffisamment.

Les alarmistes du climat croient en leur propre omnipotence. Ils se disent qu’ils savent mieux que des millions d’êtres humains se conduisant rationnellement ce qui est bien ou mal, et ils ne doutent pas de leur propre aptitude à assembler toutes les données requises dans le Bureau central de la réglementation climatique en utilisant de gros ordinateurs, et à donner depuis là des instructions adéquates à des millions d’individus et d’institutions.

Vaclav Klaus, Discours prononcé le 4 mars 2008 à la Conférence internationale sur la changement climatique à New York.

*

Préférer l’illusion qui réconforte à la réalité qui dérange, est le lot habituel des “intellectuels"… engageant à leurs basques une foule de nigauds, de dévots et d’ignorants béats “commentateurs” moins soucieux d’objectivité ou de simple curiosité qu’en quête de sécurité psychologique et de certitudes intellectuelles.

Quand il ne s’agit pas de légitimer par le Verbe une fort banale mais dissimulée volonté de puissance ou encore l’assez commun besoin de notoriété…

C’est que les analyses intempestives de la tradition réflexive et les conclusions abruptes de la Critique de la raison pure, cette leçon d’hygiène mentale, n’auront été d’aucune utilité et que l’ubumanité dans le mouvement quasi fatal de sa pandémie idéologique, ne cesse de reproduire sa geste indéfinie de visions, de superstitions et de balivernes idéologiques.

C’est ainsi et -pour notre particulier- nous n’en sommes point marris.

Aussi pour notre délectation, nous souhaiterons à tous ces… paonseurs une fécondité prolifique… et, sur le forum de la platonicienne caverne, tout le succès qu’ils méritent…

*

note :

Paul Jorion, Jacques Attali, deux médecins de la civilisation… parmi tant d’autres

1. Selon cette perspective, le ‘pataphysicien pourra consulter sur le Net le blog Paul Jorion…

Il y assistera ” en temps réel ” à l’émergence d’une secte millénariste dont les membres suivent avec fièvre les péripéties de la ” crise” du ” système ” attendant avec gourmandise la catastrophe finale… d’une hypostase, d’un concept réalisé, le ” Capitalisme “.

Sélection ad hoc des informations, interprétations unilatérales des faits, interventions sous forme de confidences du maître rémunéré, effusions, protestations de reconnaissance et d’allégeance intellectuelle des disciples, sentiment d’appartenance à une société d’initiés, mépris affiché des hypothèses divergentes, suffisance péremptoire des adeptes… on rencontre ici les signes habituels de l’esprit d’église et de parti.

A tel point qu’on se demande, à la lecture de certaines communications, si on ne serait pas en présence d’une parodie de parodie…

*

-On pourra notamment prendre connaissance d’un symptomatique débat relatif à l’ “essence” de la monnaie… la montagne accouchant évidemment d’une souris…

Une réflexion élémentaire sur la définition de la définition et le réalisme conceptuel -dans la ligne d’Antisthène, de Sextus Empiricus, d’Occam, de Taine, de Nietzsche, de Wittgenstein, de Louis Rougier ou encore… du docteur Sandomir-, eût en effet permis de faire l’économie d’une semblable quête du Graal…

Les idées ( dont l’idée de monnaie ) étant -comme tout un chacun… ne le sait pas- définies moins par leur essence que par leur rôle

Mais si, du côté du prosélytisme, l’attitude critique -au sens de Kant- n’ a jamais fait vraiment recette, le fantasme du Savoir absolu, dont le Concept hégélien donna en son temps l’expression la plus achevée, semble, chez les métaphysiciens rationalistes comme pour la plupart de nos congénères, irrépressible.

On appréciera également la saveur d’un anachronisme philosophique qui prétend dégager de quelques textes d’ Aristote des réponses à la problématique contemporaine… de la circulation des capitaux et des biens.

2.

Selon une thématique voisine, mais sur un mode beaucoup plus retenu, on pourra goûter pleinement les pronostications de Jacques Attali, autre esprit universel, éblouissant Visionnaire spécialiste de l’objet quelconque, ardent apôtre de la “Gouvernance mondiale", dont le blog et les derniers ouvrages, consultables sur les présentoirs de la Grande Distribution, proposent diverses analyses et maints autres remèdes dans la louable intention d’éradiquer les maux soufferts par le Genre humain…

Gouvernement mondial, c’est-à-dire : pensée mondiale et… oligarchie mondiale…
Telle est l’hallucination idéologique d’un petit peuple de prêtres aspirant à maîtriser une humanité planétaire atomisée…

Nous sommes loin de la “mondialisation heureuse “naguère célébrée sur le même ton et sur des canaux identiques par quelques autres gourous tout aussi médiatisés, tout aussi réjouissants…

Vous avez dit… identité des contraires ?…

*

-la ‘pataphysique est la science des solutions imaginaires…-

De la raison...

L’usage de la raison est-il une garantie contre l’illusion?

1. L’illusion, la foi, l’imagination sont objets de la critique philosophique qui les définit comme des puissances trompeuses en regard de la seule puissance susceptible de décrire l’Être et d’apporter certitude et vérité : la raison.

Béatrice, Délie, Laure et Dulcinée des philosophes…

La philosophie se prétend passage du mythe, du poétique, au rationnel.

2. Est-ce bien pertinent et qu’est-ce que la raison ?

-correspondance du discours et de l’Être ( Aristote, Thomas d’Aquin ) ;

-faculté inhérente au sujet humain de juger -le rationnel- et de se déterminer -le raisonnable- ( Cicéron, saint Augustin, Descartes, Bossuet, Malebranche, Kant… ) ;

-aptitude à dominer la nature ( Descartes );

-ou encore, à la manière contemporaine, pensée techno-scientifique.

La raison est une notion polysémique qui, par sa richesse et son histoire, est devenu un concept flou.

3. Et dont la valeur a été contesté de différents points de vue par l’irrationalisme :

-Bergson conteste qu’elle puisse -en tant que puissance discursive-, parvenir à la connaissance des qualités sensibles.

-Nietzsche y décèle le refus du tragique et une attitude existentielle contraire à la vie.

-le relativisme sociologique la réduit à une forme de la pensée humaine parmi d’autres, propre à la culture occidentale.

-Heidegger la définit comme moment d’une ” histoire de l’être “.

-Il y a de l’indicible, du contingent, du hasard, du particulier, du singulier, de l’irrationnel affirment les ‘pataphysiciens pour lesquels -et suivant les analyses kantiennes de la Dialectique transcendantale-, la Raison n’est qu’illusion dogmatique, précritique, spéculative et inconsciente de soi.

4. Si la raison -se leurrant sur elle-même, incapable d’authentifier son territoire, ses limites, ses aptitudes-, est elle-même illusion, voire l’illusion par excellence, comment cette puissance trompeuse ( Pascal ) pourrait-elle prétendre dans son usage à se constituer en garantie contre les illusions ?

De l'idée...

02.02.09 | par Claude [mail] | Catégories: absolu / relatif, Platon, Kant, idée, Berkeley, Jarry

Une idée peut-elle être neuve ?

1. Qu’est-ce qu’une idée ?

Une représentation, l’effet d’un effort mental, un terme, le signe d’une classe de particuliers empiriques obtenue par abstraction.

Une généralité empirique qui se forme par l’habitude du fait des similitudes constantes à tous les individus d’une espèce ou d’une classe donnée ( Bergson ).

L’idée est un jugement condensé ( J. Lagneau ).

C’est aussi l’hypothèse qui provoque l’expérience ( Cl. Bernard ).

2. D’où vient l’idée ?

-De mon expérience interne ; du monde extérieur ; de mon imagination créatrice.

Ainsi je sens par évidence immédiate que je suis ; que je pense ; que mes pensées se succèdent ; que je suis lié à un corps; que je puis vouloir et ceci indéfiniment.

Mais, notait déjà Descartes, je ne sais pas quel je suis moi qui suis pourtant certain que je suis…

-L’expérience du monde extérieur suscite d’autre part un flux ininterrompu de représentations que je puis ramener à l’unité de diverses formes conceptuelles pour les constituer en matière de plusieurs sciences.

-Je puis enfin imaginer des êtres fantastiques, des chimères ainsi que des licornes, des constitutions idéales ou encore un ou plusieurs dieux…

Et tous les ouvrages de l’art.

-Quant aux idées spéculatives ( ainsi les idées de Platon ), elles sont des concepts de la raison auxquels nul objet qui leur corresponde ne peut être donné dans les sens ( Kant ).

Ainsi les idées de moi-substance, de monde comme totalité des phénomènes, de Dieu.

3.Une idée sera dite neuve :

-si, inédite, inouïe, la relation qu’elle exprime est établie pour la première fois en raison de l’originalité de la pensée, de la sensibilité, de l’intuition, de l’imagination, de l’échelle d’observation de qui la compose.

-à chaque rappel ou réitération ; car elle n’existe qu’à chaque fois où elle se présente à mon attention dans toute son évidence et quand je la figure par un symbole verbal, un signe mathématique ou une image poétique.

Et il faut affirmer que le monde, ce monde, notre monde, n’est à strictement parler qu’un monde d’idées -effets de notre représentation ( cf. Berkeley, Schopenhauer ).
Car l’univers vécu est chose mentale ; et nul ne peut sortir de soi, c’est-à-dire du cercle de ses idées, de ses représentations ( cf. Jarry ).

-du fait que ce monde représenté peut être renouvelé et enrichi indéfiniment… par l’invention et la création dans tous les domaines où la fonction symbolique est en jeu.

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Philosophie pataphysique, chrestomathie

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