Catégorie: mythologiques

Religions au point de vue 'pataphysique

06.03.10 | par Claude [mail] | Catégories: mythologiques, religion

… ils ne deviennent sages (…) que lorsqu’ils compilent leur Album et leur Dictionnaire…
… ils font avec un enthousiasme plein de sagesse l’élevage des huîtres perlières de la bêtise humaine.

Raymond Queneau, A propos de Bouvard et Pécuchet

***

A l’instar des deux bonshommes de Flaubert parvenus au terme de leur Odyssée négative, la ‘pataphilosophie -ni institutionnelle ni rebelle- complète résolument son doctrinal de Sapience, l’ inépuisable dictionnaire des idées reçues

Elle prend connaissance des propositions spéculatives, de celles notamment qui constituent les textes religieux.

Polythéismes et monothéismes retiennent ainsi toute son attention…

-Elle envisage ces fables et ces visions comme autant de solutions imaginaires à divers pseudo-problèmes : origine du monde, identité communautaire et destination de l’humanité, salut personnel, fondement de la morale…

-Elle considère ces évagations comme des expressions de la fonction fabulatrice à reprendre et… à détourner le suggestif concept d’Henri Bergson ( Les Deux sources de la morale et de la religion ).

-Elle leur confère le statut de pseudo-énoncés , au sens de Rudolph Carnap, ou encore de propositions irréfutables ( Karl Popper ) ; non pas en raison de leur exactitude mais tout à l’opposé du fait de leur caractère invérifiable, puisqu’elles se soustraient au test de l’expérience empirique.

-Quant aux fréquentes, assez navrantes et parfois sanglantes querelles qui les accompagnent presque nécessairement, la ‘pataphilosophie les ramène à la névrose du Sens ainsi qu’à divers intérêts psychologiques tels que le ressentiment du croyant contre le réel, la volonté de puissance des prêtres, l’exhibitionnisme du martyr, le goût de l’indiscrétion et de la persécution de certains adeptes… bref, au désordre habituel des choses ( Dämon Sir, De l’incertitude ) émanation de l’insociable sociabilité des hommes ( Emmanuel Kant ).

-Mais pour son particulier, aussi éloignée de l’enthousiasme confessionnel que de l’ire démystificatrice rationaliste, elle relève les allégations des théologiens ainsi que leurs traductions iconographiques, littéraires ou musicales, comme des mondes enchantés qui procurent aux amateurs de l’Ascience une réelle délectation… esthétique.

Car, selon le conseil du grand Molière, en ces matières comme en bien d’autres :

Ne songeons qu’ à nous réjouir, la grande affaire, c’est le plaisir.

Monsieur de Pourceaugnac 3,8. ballet des masques

De l'erreur et de l'égarement...

04.02.09 | par Claude [mail] | Catégories: mythologiques, égarement, erreur

Atê ou l’Egarement

Récit

Personnification de l’Erreur, divinité légère dont les pieds ne se posent que sur la tête des mortels, et à leur insu. Elle trompa Zeus lors du serment par lequel il s’engagea à donner la suprématie au premier descendant de Persée qui allait naître et qui soumit ainsi Héraclès à Eurysthée. Zeus se vengea en la précipitant du haut de l’Olympe dont il lui interdit à jamais le séjour. Elle tomba sur une colline qui prit le nom de l’Erreur où Ilos construisit la citadelle d’Ilion, Troie.

C’est pourquoi l’Erreur est le triste partage de l’humanité.

Divagation

Ainsi que le note Jean Métayer, à la différence de l’homme moderne, le héros homérique ne se considère pas comme la source de ses actes, notamment de ceux qui lui apparaissent comme anormaux. L’égarement est un état d’âme, un obscurcissement, une perturbation momentanée de la vie psychologique normale, attribué à un agent extérieur, démonique ( cf. E.R. Dodds, Les Grecs et l’irrationnel ).

Un afflux soudain et inattendu d’énergie est dû à l’intervention d’ une divinité.

Ainsi, au chant 13 de l’Iliade, le poète montre comment Poséidon fait pénétrer le ménos, l’Ardeur dans le corps des deux Ajax :

Il dit et de son bâton, lui, le dieu qui porte et ébranle la terre, en les touchant, il les remplit d’ardeur et de force…

Conscients du phénomène, les héros l’attribuent à l’action d’un dieu :

Ils sont aisés à reconnaître, les dieux, je sens mon coeur dans ma poitrine, plus ardent pour guerroyer et combattre…

-Plus généralement, l’acte du héros ne possède aucune dimension morale au sens ultérieur de la tradition religieuse judéo-chrétienne, du rationalisme éthique kantien, ou encore du personnalisme contemporain, dans la mesure où il se donnerait la Loi à lui-même.

Il n’est aucunement un sujet auto-fondateur, autonome, dont la décision exprimerait la volonté de faire le bien.

Il n’est pas une personne, digne et respectable jugeant dans l’intimité d’un for intérieur.

La décision se vit dans la tension entre les valeurs individuelles et les normes sociales, la nature et l’institution. L’agent ne saurait se détacher du sentiment d’appartenance au groupe. Le héros n’existe pas en dehors de son acte qui se réduit à la pondération d’une situation sociale, sous le regard de l’autre, des autres ( cf. trois monologues à l’appui, pris à l’Iliade : Ulysse, chant 11, 403; Ménélas, chant 17, 90-107; Hector, chant 22, 98-130 ).

Le plus grand bien de l’homme homérique n’est pas la jouissance d’une conscience tranquille, c’est la jouissance de la timê, l’estime publique. ( cf. Dodds, Les excuses d’Agamemnon )

Quant à la psychologie moderne, notamment la psychanalyse, dans son explication des comportements qualifiés de pathologiques, elle reproduit, par ses modèles explicatifs de la vie mentale et sous couvert de libération du sujet, la relation de pouvoir imposée par la société de contrôle, ainsi que le montra naguère Michel Foucault.

Rendre apte à la vie sociale le sujet conventionnel…

Le libérer de ses problèmes signifie alors dans cette perspective : le conformer à la banalité dans l’aplatissement des singularités.

A noter, à cet égard, le rôle décisif joué par le concept particulièrement flou de pulsion dans le discours des sciences humaines contemporaines pour rendre compte des perversions, ainsi que la portée juridique de cette notion, notamment dans l’économie du procès pénal et des imputations.

Aussi, à la question : qu’en est-il de la source de nos défaillances, de nos égarements ? , nous disposons de trois réponses : 1. les dieux ; 2. la séquence : inclination-penchant-désir , corruption du jugement et du devoir, de la conscience de la Loi ; 3. la pulsion…

Mais y a-t-il quelque chose comme une intelligibilité à saisir, une cohérence, au coeur du prétendu sujet, au sein de sa supposée décision ?

-Quoiqu’il en soit, l’égarement, selon les diverses modalités de l’erreur, de l’illusion, de l’hallucination et de la sottise, est bien la part commune de l’humanité.

Celui qui respectera les filles de Zeus ( les Prières ) quand elles s’approchent, elles l’assistent fort, et écoutent ses voeux ; celui qui les repousse et les refuse durement, elles demandent à Zeus, fils de Cronos, qu’elles vont trouver, que l’Egarement accompagne cet homme pour lui faire du mal, afin qu’il expie. Iliade, 9.

Quelle est donc cette faute que l’humanité doit ainsi expier ?

L’indifférence aux Prières, dans le langage du Poète… et aussi la Démesure :

Nul mortel ne doit nourrir de pensée au-dessus de sa condition de mortel. Car la Démesure, quand elle vient à fleurir, produit l’épi de l’Egarement et l’on en tirera une moisson de larmes , Eschyle, Les Perses.

Mais sans doute, plus banalement, plus prosaïquement, la conséquence du simple fait d’exister…

Mythologiques 1.

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Philosophie pataphysique, chrestomathie

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