Catégorie: 'patasophie, principes et concepts

Pataphysique de Jorge Luis Borges

06.07.10 | par Claude [mail] | Catégories: 'patasophie, principes et concepts, J.L.Borges

Hume nota pour toujours que les arguments de Berkeley n’admettaient pas la moindre réplique et n’entraînaient pas la moindre conviction.

Cette opinion est tout à fait juste quand on l’applique à la terre ; tout à fait fausse dans Tlön.

***

Tlön Uqbar Orbis Tertius constitue l’un des récits fantastiques les plus attrayants et stimulants de l’auteur des Fictions.

Un paradoxe narratif enveloppe une série de paradoxes philosophiques :

Une société secrète invente un pays imaginaire appelé Uqbar puis une planète nommée Tlön.

Cette planète est imaginaire au second degré puisqu’elle est censée avoir été créée par les savants et les artistes d’Uqbar.

La société secrète élabore elle-même l’encyclopédie d’Uqbar sur Tlön.

Finalement l’ouvrage est mis discrètement en circulation dans notre monde.

Cependant que la fiction l’emporte réellement sur la réalité et la métamorphose progressivement…

Par un antiparadoxe saisissant l’allégorie nous suggère que les motifs et les thèmes de la philosophie “fantastique” qui y est exposée -très largement inspirés de Georges Berkeley- conviennent parfaitement à notre univers représenté.

Cette philosophie est un idéalisme total aux aspects mystiques, sceptiques, illusionnistes , impressionnistes.

***

Les thèmes :

1. Idéalisme “congénital” des peuples de Tlön.

2. Langage, religion, lettres, métaphysique présupposent l’idéalisme.

3. Le monde n’est pas une réunion d’objets dans l’espace ; c’est une série hétérogène d’actes indépendants.

4. Le monde est successif, temporel, non spatial.

5. La langue originaire de Tlön ne comprend aucun substantif.

6. Ainsi pour les langues de l’hémisphère boréal, le “substantif” est une coagulation d’adjectifs : on ne dit pas la lune mais aérien-clair-sur-rond-obscur ou orangé-ténu-du-ciel.

L’ensemble des adjectifs correspondent à un objet réel ;

6. bis. Le fait est fortuit.

7. Les objets idéaux -à l’instar du monde de Meinong- abondent, convoqués et dissous dans l’instant selon les besoins poétiques.

C’est la simultanéité qui parfois les détermine. Ainsi y a-t-il des objets composés de deux termes, l’un de caractère visuel et l’autre auditif.

Exemple : la couleur de l’aurore et le cri d’un oiseau.

8. Il existe des objets au second degré ; ainsi le soleil et l’eau contre la poitrine du nageur… Ils peuvent se combiner à d’autres. Le processus est infini.

Certains poèmes ne comportent qu’un seul mot énorme.

9. La psychologie est l’unique discipline de la culture classique de Tlön.

L’univers est conçu comme une série de processus mentaux. Leur développement ne s’effectue pas dans l’espace mais dans la succession temporelle.

Les citoyens de Tlön ne conçoivent pas que le spatial dure dans le temps :

la perception d’une fumée à l’horizon, puis du champ incendié, puis de la cigarette à moitié éteinte qui produisit le feu, est considérée comme un exemple d’associations d’idées.

10. Cet idéalisme annule la science.

10. Tout état mental est irréductible. Le fait de le nommer, de le classer, implique une adultération.

11. Contre le postulat qu’il n’y aurait ni sciences ni raisonnements, on constate qu’ils existent pourtant en nombre presqu’innombrable.

12. Toute philosophie - en tant que jeu dialectique- est une philosophie du Als Ob.

Les systèmes abondent.

Leur critère n’est pas la vérité mais l’effet de surprise, l’étonnement. Un système n’est que la subordination de tous les aspects de l’univers à l’un quelconque d’entre eux.

L’expression tous les aspects est d’ailleurs incorrecte supposant l’addition impossible de l’instant présent et des passés.

13. La métaphysique est une branche de la littérature fantastique.

14. Le temps est nié par l’une des écoles de Tlön. Sur ce thème les hypothèses sont par ailleurs multiples.

15. Le matérialisme suscite le scandale. Tout substantif n’a qu’une valeur métaphorique.

16. Les idées de même, d’identité , d’être , de persistance sont des notions irrecevables voire blasphématoires.

Aussi les verbes trouver et perdre comprennent une pétition de principe présupposant l’identité de ce qui est en question.

17. Position d’un panthéisme idéaliste : il n’y a qu’un seul sujet. Il est indivisible et s’exprime en chacun des êtres de l’univers.

18. Deux disciplines distinctes, l’une, visuelle, l’autre, tactile composent la géométrie de Tlön.

La surface et non le point est la base de la géométrie visuelle. Elle ignore les parallèles et stipule que le déplacement humain modifie les formes qui l’entourent.

L’opération de compter modifie les quantités.

19. Dans Tlön le sujet de la connaissance est un et éternel.

20. Pour ce qui est des moeurs littéraires, la conception du plagiat n’existe pas.

Les livres sont rarement signés : toutes les oeuvres sont pensées comme l’oeuvre d’un seul auteur, intemporel et anonyme.

21. La critique invente des auteurs. Elle choisit par exemple deux oeuvres dissemblables, les attribue à un seul écrivain puis étudie la psychologie de cet “intéressant homme de lettres".

22. Les ouvrages de nature philosophique contiennent thèse et antithèse ; tout livre doit contenir son contrelivre.

23. Le passé est modifié par la recherche pas moins malléable et docile que l’avenir.

24. Les choses se dédoublent.

Elles tendent à s’effacer quand les gens les oublient…

déjà dans les mémoires un passé fictif occupe la place d’un autre, dont nous ne savons rien avec certitude -pas même qu’il est faux.

*

L’imaginaire a contaminé le réel…

Tlön, labyrinthe ourdi par les hommes et destiné à être déchiffré par les hommes, cet effet de rigueur de joueur d’échecs, a pénétré l’enseignement des écoles

Rappelons que la proposition selon laquelle l’imaginaire constitue l’étoffe du réel est la thèse fondamentale de la ‘pataphysique.

***

Délire laborieux et appauvrissant que de composer de vastes livres, de développer en cinq cents pages une idée

que l’on peut très bien exposer oralement en quelques minutes.Mieux vaut feindre que ces livres existent déjà, et en offrir un résumé, un commentaire.

Le jardin aux sentiers qui bifurquent

Queneau à la Bourse ou chez les fous économistes

“fous” économistes, anthropologues et médecins de la civilisation

Voyez, voyez la machine tourner, voyez, voyez la cervelle sauter…

Alfred Jarry, Chant du décervelage
***

Les fous économistes…

Quêteurs d’ether, trisecteurs, quadrateurs, chercheurs de mouvement perpétuel, géniteurs de nouveaux paradigmes culturels, économiques, socio-politiques…

Aux “fous littéraires” relevés jadis par R. Queneau, le Collège de ‘Pataphysique non occulté et plus récemment par Marc Décimo, s’adjoignent les fous “scientifiques", auto-proclamés ” anthropologues", brasseurs d’idées à la compétence prétendument universelle.

Mais qui -pour la satisfaction du ‘pataphysicien- ne sont pas les moins intéressants…

Notamment dans le domaine de la docte économie politique.

Ainsi, les divers avatars de cette gérontocratie médiatique omniprésente -nouvelle nef des fous- constituée d’une séquelle laborieuse et bavarde de gourous… sexagénaires.

*

Ne pouvant s’accommoder d’un réel chaotique insatisfaisant fait d’inintelligibilité, d’exceptions événementielles, de contingence et de précarité factuelles, après avoir reproduit en toute inconscience l’espèce, c’est-à dire renouvelé les conditions biologiques du tragique, se souciant mais un peu tard de l’avenir de sa progéniture, la conscience malheureuse, hallucinée et ressentimenteuse, jouant l’air bien connu de la culpabilisation générale, brasse les filets d’air de la dialectique transcendantale, plus précisément de la raison pure en économie politique.

Substituant une mythologie à une autre… elle se propose de remplacer la Providence par la Raison et la Démocratie totalitaire… le marché universel par le fantasme “régulateur” des Lumières (sic) et le fanatisme de la “Bonne Gouvernance Mondialisée” …

Elle en appelle à l’émergence d’une nouvelle classe cosmopolite “citoyenne et responsable"… apte à résoudre les prétendus contemporains” défis” écologique, financier, économique et démographique…

Afin de mieux… sauver la planète et le genre humain !

On ne doute de rien…

*

Pour modestement contribuer à cerner ces audacieuse divagations, on donnera cet extrait d’une intervention de Vaclav Klaus sur l’alarmisme, texte qui décrit assez bien la récurrence d’une attitude faite de certitude dogmatique planificatrice et d’arrogance relationnelle :

…Voici quelques jours, j’ai prononcé un discours à Prague lors d’une rencontre officielle organisée en souvenir du 60e anniversaire du putsch communiste de 1948 dans l’ex-Tchécoslovaquie. L’un des arguments essentiels de mon discours, repris dans les principaux journaux du pays, était le suivant : les dangers du futur n’auront pas les mêmes formes. L’idéologie d’inspiration sera différente.

La source, néanmoins, sera la même : l’idée délétère selon laquelle l’individu doit être sacrifié au bien commun, et la certitude inébranlable qu’ont ceux qui portent cette idée qu’ils ont le droit de nier la liberté humaine pour remodeler la réalité à leur guise. Ce à quoi je pensais, au moment où je parlais, était, bien sûr, l’écologisme, et l’alarmisme climatique qui en découle.

…Cela me reconduit à la politique. Dès lors que j’ai connu personnellement la planification centrale communiste de toutes sortes d’activités, je me sens obligé de rappeler les arguments presque oubliés du fameux débat plan contre marché qui a marqué la pensée économique des années 1930 (Mises et Hayek étaient d’un côté de l’équation, et Lange et Lerner de l’autre), les arguments mêmes que nous avons utilisé jusqu’à la chute du communisme. La façon dont les alarmistes du climat et leurs compagnons de route dans la politique et dans les médias présentent et justifient leur volonté de remodeler la société appartient à la même présomption fatale que le communisme ou le planisme. A mon grand désespoir, ce n’est pas dit suffisamment.

Les alarmistes du climat croient en leur propre omnipotence. Ils se disent qu’ils savent mieux que des millions d’êtres humains se conduisant rationnellement ce qui est bien ou mal, et ils ne doutent pas de leur propre aptitude à assembler toutes les données requises dans le Bureau central de la réglementation climatique en utilisant de gros ordinateurs, et à donner depuis là des instructions adéquates à des millions d’individus et d’institutions.

Vaclav Klaus, Discours prononcé le 4 mars 2008 à la Conférence internationale sur la changement climatique à New York.

*

Préférer l’illusion qui réconforte à la réalité qui dérange, est le lot habituel des “intellectuels"… engageant à leurs basques une foule de nigauds, de dévots et d’ignorants béats “commentateurs” moins soucieux d’objectivité ou de simple curiosité qu’en quête de sécurité psychologique et de certitudes intellectuelles.

Quand il ne s’agit pas de légitimer par le Verbe une fort banale mais dissimulée volonté de puissance ou encore l’assez commun besoin de notoriété…

C’est que les analyses intempestives de la tradition réflexive et les conclusions abruptes de la Critique de la raison pure, cette leçon d’hygiène mentale, n’auront été d’aucune utilité et que l’ubumanité dans le mouvement quasi fatal de sa pandémie idéologique, ne cesse de reproduire sa geste indéfinie de visions, de superstitions et de balivernes idéologiques.

C’est ainsi et -pour notre particulier- nous n’en sommes point marris.

Aussi pour notre délectation, nous souhaiterons à tous ces… paonseurs une fécondité prolifique… et, sur le forum de la platonicienne caverne, tout le succès qu’ils méritent…

*

note :

Paul Jorion, Jacques Attali, deux médecins de la civilisation… parmi tant d’autres

1. Selon cette perspective, le ‘pataphysicien pourra consulter sur le Net le blog Paul Jorion…

Il y assistera ” en temps réel ” à l’émergence d’une secte millénariste dont les membres suivent avec fièvre les péripéties de la ” crise” du ” système ” attendant avec gourmandise la catastrophe finale… d’une hypostase, d’un concept réalisé, le ” Capitalisme “.

Sélection ad hoc des informations, interprétations unilatérales des faits, interventions sous forme de confidences du maître rémunéré, effusions, protestations de reconnaissance et d’allégeance intellectuelle des disciples, sentiment d’appartenance à une société d’initiés, mépris affiché des hypothèses divergentes, suffisance péremptoire des adeptes… on rencontre ici les signes habituels de l’esprit d’église et de parti.

A tel point qu’on se demande, à la lecture de certaines communications, si on ne serait pas en présence d’une parodie de parodie…

*

-On pourra notamment prendre connaissance d’un symptomatique débat relatif à l’ “essence” de la monnaie… la montagne accouchant évidemment d’une souris…

Une réflexion élémentaire sur la définition de la définition et le réalisme conceptuel -dans la ligne d’Antisthène, de Sextus Empiricus, d’Occam, de Taine, de Nietzsche, de Wittgenstein, de Louis Rougier ou encore… du docteur Sandomir-, eût en effet permis de faire l’économie d’une semblable quête du Graal…

Les idées ( dont l’idée de monnaie ) étant -comme tout un chacun… ne le sait pas- définies moins par leur essence que par leur rôle

Mais si, du côté du prosélytisme, l’attitude critique -au sens de Kant- n’ a jamais fait vraiment recette, le fantasme du Savoir absolu, dont le Concept hégélien donna en son temps l’expression la plus achevée, semble, chez les métaphysiciens rationalistes comme pour la plupart de nos congénères, irrépressible.

On appréciera également la saveur d’un anachronisme philosophique qui prétend dégager de quelques textes d’ Aristote des réponses à la problématique contemporaine… de la circulation des capitaux et des biens.

2.

Selon une thématique voisine, mais sur un mode beaucoup plus retenu, on pourra goûter pleinement les pronostications de Jacques Attali, autre esprit universel, éblouissant Visionnaire spécialiste de l’objet quelconque, ardent apôtre de la “Gouvernance mondiale", dont le blog et les derniers ouvrages, consultables sur les présentoirs de la Grande Distribution, proposent diverses analyses et maints autres remèdes dans la louable intention d’éradiquer les maux soufferts par le Genre humain…

Gouvernement mondial, c’est-à-dire : pensée mondiale et… oligarchie mondiale…
Telle est l’hallucination idéologique d’un petit peuple de prêtres aspirant à maîtriser une humanité planétaire atomisée…

Nous sommes loin de la “mondialisation heureuse “naguère célébrée sur le même ton et sur des canaux identiques par quelques autres gourous tout aussi médiatisés, tout aussi réjouissants…

Vous avez dit… identité des contraires ?…

*

-la ‘pataphysique est la science des solutions imaginaires…-

Critique de l'exploitation ou pérennité du mal ?

MARX OU MANDEVILLE ?

On connaît ce texte savoureux des Théories sur la plus-value où Marx développe d’une plume alerte une manière d’apologie du crime à la fois scandaleuse et irréfutable :

… le criminel ne produit pas seulement des crimes, il produit aussi le droit criminel, et par suite, le professeur qui fait des cours sur le droit criminel ; le criminel produit en outre toute la justice criminelle, les sbires, les juges et les bourreaux… et chacune de ces différentes branches professionnelles qui constituent autant de catégories de la division sociale du travail, développe différentes facultés de l’esprit humain, créant de nouveaux besoins et de nouvelles manières de les satisfaire… La torture à elle seule a suscité les inventions mécaniques les plus ingénieuses et elle a occupé une masse d’artisans honorables à la production de ses instruments…

On connaît moins Bernard (de) Mandeville, ce médecin hollandais, auteur satirique et économiste connu comme diabolique docteur de paradoxes..

Les deux Auteurs se distinguent pourtant comme aussi bien se partagent l’ironie et l’humour.

Tentons un parallèle.

Marx est un homme de science, un théoricien critique de l’économie politique ( valeur, monnaie, composition organique du capital, plus-value, rotation du capital, incidence de la technologie sur la productivité, la concurrence, baisse tendancielle du taux de profit, logique des crises … ) qui met sa connaissance au service d’une foi et d’une vision sociale utopique.
Sa pensée ressortit à la sotériologie. C’est une pensée du salut.
Sa vision de l’"Histoire", globale, totalitaire, finaliste, systématique, de sensibilité socialiste, et sa conception du temps demeurent étroitement linéaires, évolutionnistes, progressistes.

Volontiers provocateur, Mandeville paraît plus… prosaïque. C’est un psychologue d’inspiration augustinienne, bien qu’à la réputation de gai compagnon, un analyste qui ne nourrit aucune illusion quant à la possibilité d’une amélioration du sort de l’humanité par une révo-lution sociale et la généralisation… du chauffage au gaz.
C’est pourquoi il adopte dans sa Fable des abeilles où les vices privés font le bien public le ton plaisant et détaché qui sied au point de vue métahistorique qu’il fait sien.

Marx analyse le crime comme l’un des moteurs de l’histoire.
Sa lecture est scandaleuse certes mais profondément moralisante.

C’est au regard d’une téléologie rationaliste de nature hégélienne qu’il relève l’apparent paradoxe de la violence créatrice.
Si, à proprement parler, il ne développe pas un “éloge du crime", c’est qu’il reste prisonnier de la vision de son maître, Hegel. Le crime est une “ruse de la raison” dont le développement dialectique - la fameuse “Aufhebung"- mènera nécessairement à son dépassement et à son abolition.

L’antienne est bien connue.
Non seulement des sectaires du messianisme et de l’eschatologie politique mais aussi des générations de potaches et d’étudiants français formatés par la dissertation en trois point ( thèse, antithèse, synthèse ou encore affirmation, négation, négation de la négation )…

En matière de crime, Marx, métaphysicien rationaliste, moraliste et penseur édifiant, est donc un … abolitionniste.

Bernard Mandeville est beaucoup plus réservé. Il se contente de relever le fait du Mal et d’en analyser objectivement ou cyniquement les conséquences, notamment les aspects positifs pour toute espèce de développement social et non pas simplement -perspective de Marx-, pour les seules sociétés de production marchande:

…Ce que nous appelons, dans ce monde, le mal, aussi bien moral que naturel, c’est le grand principe qui fait de nous, des créatures sociales, la base solide, la vie et le soutien de tous les métiers et de toutes les occupations sans exception ; c’est ainsi que nous devons chercher la véritable origine de tous les arts et de toutes les sciences; et du moment où le mal cesserait, la société devrait nécessairement se dégrader, sinon périr complètement…

C’est la convoitise, la recherche du profit par des agents économiques égoïstes et calculateurs, ainsi que la vanité, le désir de reconnaissance, qui constituent les ressorts de la prospérité et de l’opulence.
Le désintéressement véritable, l’altruisme authentique, la charité chrétienne seraient la ruine de l’industrie et du commerce…
La “sociabilité naturelle", l’"instinct moral", la “sympathie", le “principe inné de justice et de vertu” ne sont que fictions philosophiques, mensonges et hypocrisie. L’ existence mondaine ne peut être vertueuse, l’être humain étant livré à son amour propre, à son plaisir, à son intérêt.

Marx appréhende le mal -notamment ce qu’il nomme l’ “aliénation” -soit l’exploitation de l’homme par l"homme-, en procureur pour en mieux anathématiser les “responsables” supposés.
Mandeville l’étudie pour en montrer … non seulement la fécondité mais aussi la nécessité.
Le vice ( ou encore l’"exploitation” ) est -selon lui- le propre de l’homme au double sens : logique, définitionnel d’une part, et au sens ontologique d’autre part, comme fondement de la nature et source de la culture humaine.

On comprend pourquoi sa fable fut mise à l’index et brûlée par le bourreau en 1645…

Sur Aristote, du théâtre et du jeu 'pataphysique.

28.06.09 | par Claude [mail] | Catégories: Aristote, 'patasophie, principes et concepts, théâtre, Brecht

Sur Aristote, du théâtre et du jeu de ‘pataphysique.

C’est Aristote qui, par les quelques pages fameuses de sa Poétique, a défini magistralement et pour ainsi dire définitivement, le sens, la fonction, la portée de la représentation théâtrale.

Attitude païenne devant l’existence s’il en est.

Qu’on en juge. Le Stagirite part d’un postulat : l’homme par nature aime à imiter ; il jouit non pas tant de la réplique et de la copie, -de ce simulacre si décrié par Platon-, que du jeu qui constitue proprement l’imitation en représentation.

Jusques et y compris de la monstruosité des caractères et des actions mises en scène.

C’est que cet homme, à la différence de l’animal, aime à apprendre… pour satisfaire sa curiosité.

La péripétie, la reconnaissance, l’événement pathétique inattendu et hasardeux sont les moments forts du drame, cette transposition en figures de la réalité. La stylisation, l’artifice, l’assaisonnement propre au talent du poète purge les passions représentées de leur grossiereté naturelle et de leur excès émouvant tout en situant l’action sur le plan du possible et du vraisemblable -en la haussant au niveau de l’universel.

A la différence de l’enquête historique, trop rattachée au fait singulier, à l’événement, à “ce qui s’est passé", -cette perception toujours myope.

La représentation devient enfin vecteur de sérénité par l’émotion esthétique suscitée, contrairement aux affections de la vie plus ou moins violentes.

L’art n’a donc pas, à dire vrai, de fonction morale. Il a néanmoins une portée éthique. Il agit sur notre sensibilité en nous apportant un certain type de représentation dégagé de tout souci pragmatique.

Une joie sereine. Joie qui fait de nous les spectateurs de la tragi-comédie humaine à l’instar des dieux homériques jouissant des heurts et des malheurs de héros soumis au caprice de la Nécessité.

Attitude scandaleuse devant l’existence en regard d’une tradition chrétienne qui récuse le jeu et le vertige de la mise en abyme ; qui refuse la distanciation et le danger de la perte d’identité accompagnant le comédien-Protée ; qui condamne l’analogie de l’ auteur et du Créateur comme sacrilège ; qui fustige le rire et le comique comme procédés d’essence diabolique, comme expression d’un style d’ existence dégagé de la charité et de la compassion ; trop à distance parce que mettant en scène, avec toute la froideur requise pour un spectacle objectif, le très vain théâtre du monde.

Car si l’univers mental du sombre et austère monothéisme est parfois la matière d’un simulacre plastique, c’est avant tout le lieu d’une révélation sacrée que la représentation dramatique ne saurait profaner.

Sauf -parallèlement à l’Eloquence de la Chaire-, à la mettre en scène dans un but d’ édification ( voir Madame de Maintenon à Saint-Cyr et les Jésuites, éducateurs entre autres… de Voltaire et de Beaumarchais )

D’où la condamnation des Mystères par le Parlement de Paris et l’Arrêt de 1548 ; d’où les protestations des dévots du Grand Siècle jusqu’à Rousseau ( Lettre à d’Alembert sur les spectacles ), celles d’un Nicole, d’un Conti, reprenant l’argumentaire traditionnel des Pères de l’Eglise, notamment celui de l’ombrageux Tertullien.

Et dans une perspective analogue le parti pris plus récent, politique celui-ci, de l’école brechtienne, espèce d’esthétique jésuite laïcisée qui subordonne le jeu à la connaissance, la distanciation à la “prise de conscience", le théâtre à la pédagogie, le plaisir au magistère et à la pensée édifiante.

Quant à nous autres, impies ‘pataphysiciens, rejoignant en ce domaine le vieil Aristote, nous ne recherchons au théâtre ni une révélation, ni l’occasion d’une conversion ou encore moins la connaissance mais tout simplement… le très vain plaisir esthétique.

Notre plaisir, c’est-à-dire celui fort frivole de la lévitation, celui du sentiment de l’indépassable légèreté des choses et des événements, vécus ou représentés.

Plaisir du texte donc, de la mise en scène, de la mise en signes… Plaisir à emprunter les voies de la feinte, du décor, du trompe l’oeil, de l’illusion ; sans souci de la grâce, de la pédagogie ou de la vérité, ces chimères d’une humanité toujours plus ou moins en quête de conversion…

Et dans le même ordre d’idées, nous rencontrons, par exemple, notre Véritable Saint Genest, notre Mère courage -mais aux antipodes d’un Rotrou, d’un Sartre ou d’un Brecht-, dans les machines représentatives de Pierre Klossowski, cette théâtralisation érotique de scènes baroques à connotation métaphysique, théologique, pataphysique.

Pour l’éphémère mais effectif plaisir des sens.

La 'patasophie : principes et concepts...

PRINCIPES DE ‘PATAPHILOSOPHIE

La ‘Pataphysique est la fin des Fins.

La ‘Pataphysique est le répertoire des Solutions imaginaires.

La ‘Pataphysique est le relevé indéfini des Singularités.

La ‘Pataphysique est l’Ascience.

CONCEPTS ELEMENTAIRES

1. Il y a…

2. Le vide.

3. Le hasard.

4. Le silence.

5. Le changement.

6. L’horreur.

7. La tragédie, l’existence.

8. L’agitation vitale, esclave et sociétaire.

9. Le théâtre du retrait: je regarde et me garde.

10. L’art poétique: le haïku, le fragment, l’oeuvre en archipel.

11. L’éthique ( Philosophie du départ ).

L’exil : choisir sa manière de s’évader. Indifférence, humour, politesse, lucidité.

12. Le consentement : s’attendre à tout, n’espérer rien.

blog.ognois.fr / brèves 'patasophiques

Philosophie pataphysique, chrestomathie

Septembre 2010
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      

Catégories

powered by b2evolution free blog software