Catégorie: Brecht

Sur Aristote, du théâtre et du jeu 'pataphysique.

28.06.09 | par Claude [mail] | Catégories: Aristote, 'patasophie, principes et concepts, théâtre, Brecht

Sur Aristote, du théâtre et du jeu de ‘pataphysique.

C’est Aristote qui, par les quelques pages fameuses de sa Poétique, a défini magistralement et pour ainsi dire définitivement, le sens, la fonction, la portée de la représentation théâtrale.

Attitude païenne devant l’existence s’il en est.

Qu’on en juge. Le Stagirite part d’un postulat : l’homme par nature aime à imiter ; il jouit non pas tant de la réplique et de la copie, -de ce simulacre si décrié par Platon-, que du jeu qui constitue proprement l’imitation en représentation.

Jusques et y compris de la monstruosité des caractères et des actions mises en scène.

C’est que cet homme, à la différence de l’animal, aime à apprendre… pour satisfaire sa curiosité.

La péripétie, la reconnaissance, l’événement pathétique inattendu et hasardeux sont les moments forts du drame, cette transposition en figures de la réalité. La stylisation, l’artifice, l’assaisonnement propre au talent du poète purge les passions représentées de leur grossiereté naturelle et de leur excès émouvant tout en situant l’action sur le plan du possible et du vraisemblable -en la haussant au niveau de l’universel.

A la différence de l’enquête historique, trop rattachée au fait singulier, à l’événement, à “ce qui s’est passé", -cette perception toujours myope.

La représentation devient enfin vecteur de sérénité par l’émotion esthétique suscitée, contrairement aux affections de la vie plus ou moins violentes.

L’art n’a donc pas, à dire vrai, de fonction morale. Il a néanmoins une portée éthique. Il agit sur notre sensibilité en nous apportant un certain type de représentation dégagé de tout souci pragmatique.

Une joie sereine. Joie qui fait de nous les spectateurs de la tragi-comédie humaine à l’instar des dieux homériques jouissant des heurts et des malheurs de héros soumis au caprice de la Nécessité.

Attitude scandaleuse devant l’existence en regard d’une tradition chrétienne qui récuse le jeu et le vertige de la mise en abyme ; qui refuse la distanciation et le danger de la perte d’identité accompagnant le comédien-Protée ; qui condamne l’analogie de l’ auteur et du Créateur comme sacrilège ; qui fustige le rire et le comique comme procédés d’essence diabolique, comme expression d’un style d’ existence dégagé de la charité et de la compassion ; trop à distance parce que mettant en scène, avec toute la froideur requise pour un spectacle objectif, le très vain théâtre du monde.

Car si l’univers mental du sombre et austère monothéisme est parfois la matière d’un simulacre plastique, c’est avant tout le lieu d’une révélation sacrée que la représentation dramatique ne saurait profaner.

Sauf -parallèlement à l’Eloquence de la Chaire-, à la mettre en scène dans un but d’ édification ( voir Madame de Maintenon à Saint-Cyr et les Jésuites, éducateurs entre autres… de Voltaire et de Beaumarchais )

D’où la condamnation des Mystères par le Parlement de Paris et l’Arrêt de 1548 ; d’où les protestations des dévots du Grand Siècle jusqu’à Rousseau ( Lettre à d’Alembert sur les spectacles ), celles d’un Nicole, d’un Conti, reprenant l’argumentaire traditionnel des Pères de l’Eglise, notamment celui de l’ombrageux Tertullien.

Et dans une perspective analogue le parti pris plus récent, politique celui-ci, de l’école brechtienne, espèce d’esthétique jésuite laïcisée qui subordonne le jeu à la connaissance, la distanciation à la “prise de conscience", le théâtre à la pédagogie, le plaisir au magistère et à la pensée édifiante.

Quant à nous autres, impies ‘pataphysiciens, rejoignant en ce domaine le vieil Aristote, nous ne recherchons au théâtre ni une révélation, ni l’occasion d’une conversion ou encore moins la connaissance mais tout simplement… le très vain plaisir esthétique.

Notre plaisir, c’est-à-dire celui fort frivole de la lévitation, celui du sentiment de l’indépassable légèreté des choses et des événements, vécus ou représentés.

Plaisir du texte donc, de la mise en scène, de la mise en signes… Plaisir à emprunter les voies de la feinte, du décor, du trompe l’oeil, de l’illusion ; sans souci de la grâce, de la pédagogie ou de la vérité, ces chimères d’une humanité toujours plus ou moins en quête de conversion…

Et dans le même ordre d’idées, nous rencontrons, par exemple, notre Véritable Saint Genest, notre Mère courage -mais aux antipodes d’un Rotrou, d’un Sartre ou d’un Brecht-, dans les machines représentatives de Pierre Klossowski, cette théâtralisation érotique de scènes baroques à connotation métaphysique, théologique, pataphysique.

Pour l’éphémère mais effectif plaisir des sens.

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Philosophie pataphysique, chrestomathie

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