Catégorie: erreur, sottise, illusion

De la raison...

L’usage de la raison est-il une garantie contre l’illusion?

1. L’illusion, la foi, l’imagination sont objets de la critique philosophique qui les définit comme des puissances trompeuses en regard de la seule puissance susceptible de décrire l’Être et d’apporter certitude et vérité : la raison.

Béatrice, Délie, Laure et Dulcinée des philosophes…

La philosophie se prétend passage du mythe, du poétique, au rationnel.

2. Est-ce bien pertinent et qu’est-ce que la raison ?

-correspondance du discours et de l’Être ( Aristote, Thomas d’Aquin ) ;

-faculté inhérente au sujet humain de juger -le rationnel- et de se déterminer -le raisonnable- ( Cicéron, saint Augustin, Descartes, Bossuet, Malebranche, Kant… ) ;

-aptitude à dominer la nature ( Descartes );

-ou encore, à la manière contemporaine, pensée techno-scientifique.

La raison est une notion polysémique qui, par sa richesse et son histoire, est devenu un concept flou.

3. Et dont la valeur a été contesté de différents points de vue par l’irrationalisme :

-Bergson conteste qu’elle puisse -en tant que puissance discursive-, parvenir à la connaissance des qualités sensibles.

-Nietzsche y décèle le refus du tragique et une attitude existentielle contraire à la vie.

-le relativisme sociologique la réduit à une forme de la pensée humaine parmi d’autres, propre à la culture occidentale.

-Heidegger la définit comme moment d’une ” histoire de l’être “.

-Il y a de l’indicible, du contingent, du hasard, du particulier, du singulier, de l’irrationnel affirment les ‘pataphysiciens pour lesquels -et suivant les analyses kantiennes de la Dialectique transcendantale-, la Raison n’est qu’illusion dogmatique, précritique, spéculative et inconsciente de soi.

4. Si la raison -se leurrant sur elle-même, incapable d’authentifier son territoire, ses limites, ses aptitudes-, est elle-même illusion, voire l’illusion par excellence, comment cette puissance trompeuse ( Pascal ) pourrait-elle prétendre dans son usage à se constituer en garantie contre les illusions ?

L'erreur, la sottise et l'illusion.

19.05.08 | par Claude [mail] | Catégories: erreur, sottise, illusion, Platon

Trois périls majeurs guettent notre équilibre mental.

Trio infernal et mortifère auquel nul ne saurait échapper. Nous commettons des erreurs et nous nous trompons, nous disons des sottises, nous sommes victimes d’illusions. Les expressions de la vulgarité sont en elles-mêmes révélatrices de l’origine et de la portée de ces troubles de l’esprit, de ces ratés de nos intelligences.

Commettre une erreur, c’est en premier lieu donner pour vraie une affirmation qui n’est pas conforme aux normes logiques de la vérité ; qu’il s’agisse du caractère d’ univocité des termes dans le raisonnement, ou encore de la compatibilité des propositions entre-elles.

C’est en deuxième lieu tenir pour vrai ce qui n’existe pas dans le “réel ” ou ce qui ne lui est pas “conforme": inexactitude.

J.T. -Aspect définitionnel, essence de l’erreur. Mais quelle est son origine, d’où naît-elle ? et comment se développe-t-elle ?

E.P. -C’est la question de la genèse… cosmologie du psychisme… Si le vrai et le faux, le sens et l’ absurde sont des termes de métalangage, le fait de l’erreur exprime une attitude existentielle potentielle propre à quiconque opine, affirme et prétend à la vérité d’un énoncé…

De telle sorte que “commettre une erreur", c’est toujours déja se tromper.

Les maîtres de la psychologie de la connaissance, Descartes, Malebranche, Arnauld, Lancelot et Nicole, Hobbes… ont dressé une liste quasi exhaustive des sources et des causes de cette défaillance de la pensée.

Donner son assentiment à une proposition dont le sens des termes qui la compose est ambigu et alors qu’ elle n’a pas été étudiée selon sa valeur de vérité ; se précipiter, prétendre résoudre une question sans possèder la totalité des termes d’un problème insuffisamment déterminé ; accorder trop de confiance à sa mémoire ; surtout mal diriger l’ attention , et, par suite, errer par étourderie, inadvertance, distraction ou manque de présence d’esprit, telles sont les inconséquences habituelles productrices de ce paradoxe étonnant dèja relevé par Platon en son Sophiste : l’erreur.

Cet étrange objet du délire désignant… ce qui n’est pas : un mélange d’être et de néant.

Car si dire le faux ce n’est pas dire le vrai, ce n’est pas toutefois ne rien dire et encore moins dire rien.

J.T. -Souvenons-nous… il ya des ” degrés de perfection ou de réalité ” : Si je me considère comme participant de quelque façon du néant ou du non-être… je me trouve exposé à une infinité de manquements .

Dans ce registre le Discours de la méthode, la Logique de Port-Royal, les Règles pour la direction de l’esprit et la Recherche de la vérité proposent des conclusions convergentes : nous sommes des êtres finis, bornés, des créatures “déchues ” mais libres, capables de ne pas nous tromper.

Il suffit pour cela d’observer une règle très simple et par ailleurs à la portée de tout un chacun : réserver son jugement, apprendre à se taire !

Nous possédons la liberté d’indifférence.

E.P. -Or ” conserver le silence ” semble une épreuve insurmontable pour bon nombre d’ entre-nous. Voyez Mozart et la Figure de l’Oiseleur en sa Flûte enchantée
Donner son avis à la moindre sollicitation ; arrêter une opinion avant que de l’avoir préalablement pesée, -et ceci quel que soit le sujet considéré ; se jeter à corps perdu dans la mélée des discussions et autres vains débats, -dans le tohu-bohu du forum-, toutes ces attitudes fort banales manifestent la tendance irrépressible d’une intelligence humaine continuellement déportée en direction des balivernes, des considérations oiseuses, et autres ” brèves de comptoire ” .

Bref dans le bassin d’attraction de la sottise.

J.T. -La sottise… cette intempérance de langage, comme dit Alain, ce moment de folie qui nous rapproche de l’aliénation… Intempérance est un terme qui ressortit tout autant à la psychologie, qu’à la médecine, ou encore à l’éthique.

Ne pas savoir tenir sa langue, ou… sa plume, traduit en effet la complaisance à soi tout autant qu’un manque d’ à-propos. La vanité -la peur de paraître ignorant-, la prétention -l’incapacité à mesurer nos capacités réelles-, le panurgisme -l’ angoisse de la solitude dans l’épreuve du jugement public-, et enfin l’ingénuité -cette naïveté originelle de tout un chacun, en sont les sources habituelles.

E.P. -Maître sot, faire la bête, dérailler… , telles sont quelques- unes des expressions populaires qui figurent la chute de cette pensée qui sombre parfois jusqu’au ridicule et au comique.

Le scepticisme actif -c’ est-à-dire l’ esprit d’ examen en toutes circonstances-, constitue la seule correction, l’unique parade à l’entropie intellectuelle qui nous guette.

Qu’ ajouter de plus à la somme de Sextus, aux considérations de Montaigne, aux analyses de Valéry ?

Taceo. Je me tais . Le précepte a gardé toute sa fraicheur. et toute sa pertinence.

J.T. -Continuons… S’il est un remède à la sottise, s’il est une issue à l’erreur, comment se dégager de l’illusion ?

-E.P. S’en dégager… ce n’est pas si facile… mais pourquoi ne pas en jouir ?

-J.T. Propos paradoxal…

-E.P. Nous verrons que non et qu’il existe une ‘pataphysique de l’illusion qui nous garde de la folie.

Notons tout d’abord que le concept s’entend en deux sens très différents : se faire des illusions et être victime de l’illusion.

A la stratégie existentielle de défense contre le réel au motif qu’il est jugé déplaisant ( Freud / Lacan / Rosset ) répond l’ anticipation fumeuse des chimères du désir… admirablement mises en scène par le Fabuliste. Perrette (et son pot au lait ) rejoint l’hystérique paranoïaque dans une entreprise voisine de dénégation du réel. L’une pour le conquérir, l’autre pour s’en préserver.

Mais rien n’ y fera. Nous ne pouvons échapper aux “puissances trompeuses” ( Pascal ).

Car l’illusion est constitutive de l’existence.

C’est une catégorie existentiale, caractéristique de la structure ontologique de l’être… las ; lassé de ce jeu de dupes où il est d’ordinaire joueur-joué et perdant ; bref l’éternel abusé de la comédie.

Et pour commencer : la dupe des choses , des mirages et autres apparences trompeuses, plus ou moins ” bien fondées ” dans le ” réel ” et logées à même son corps, au plus près de sa sensibilité.

Puis la dupe d’autrui, sous influence, jouet des ruses, de la dissimulation, des désirs et des desseins de ses congénères.

Dupe enfin de lui même, de l’inavouable et des contradictions de sa propre affectivité.

Vivre, c’est donc nécessairement être immergé dans l’illusion, cette donnée immédiate de l’existence.

J.T. -Mais de ce qu’elle est incontournable, est-elle pour autant irréductible ? Ne la peut-on maîtriser ?

E.P. -Tâche délicate… Le libre penseur, le ” Philosophe des Lumières ” prétend à son éradication par le jugement critique, la démystification militante, le “socratisme", et la fonction pédagogique de la raison… Il incarne -transposé dans l’univers de la connaissance-, la figure politique du demi-habile dégagée par Pascal en ses Pensées.

Il poursuit la Chimère d’une “République des Esprits rationnels” et dégagés des superstitions.

-J.T. Optimisme qui se transforme vite en prosélytisme hygiéniste… en programme social et en harcèlement persécuteur…

C’est pourquoi le libre esprit s’efforce au contraire de concevoir la représentation illusoire sans prétendre pouvoir la faire disparaître. D’une manière prophylactique et parce que tel est son bon vouloir, il s’efforce de s’en garder, éventuellement après en avoir étudié les effets sur lui même. La curiosité seule l’inspire. Il s’agit d’un terrain dangereux mais… parfois captivant.

E.P. -Pour moi, il me semble possible d’aller plus loin et de placer l’illusion au coeur de notre navigation. La création des fictions -quel que soit le moyen d’expression choisi-, peut constituer un aimable divertissement susceptible de relever et d’agrémenter la banalité quotidienne.

Si nous ne pouvons échapper aux illusions, reste la faculté de nous écarter et de jouer du clinamen : nous pouvons choisir nos illusions.

J.T. -Et en jouir…

E.P. -La lucidité détachée peut donc fort bien s’accommoder du bricolage des ” solutions imaginaires “.

blog.ognois.fr / brèves 'patasophiques

Philosophie pataphysique, chrestomathie

Septembre 2010
Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
 << <   > >>
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      

Catégories

powered by b2evolution free blog software