Catégorie: gouvernement

Du paternalisme d'Etat et de sa critique libérale...

Sur le paternalisme d’Etat.

Qu’il est l’effet du croisement de plusieurs lignes causales :

-plan philosophique : aristotélisme politique ( naturalisme, holisme).

-plan religieux : le thème de la Providence et le paternalisme ecclésiastique catholique, l’ordre juste ( Thomas d’Aquin ).

-plan éthique : utilitarisme anglo-saxon, philosophie du bonheur identifié au bien-être étendu à la totalité d’une population et enjeu de l’organisation sociale ( Bentham, John Stuart Mill, communautarisme contemporain ).

-plan politico-administratif national : Caméralisme des 17° et 18° siècle ( Seckendorff et von Justi ); en pays luthérien, l’idée du Wohlfahrtsstaat.
Et, au 19°siècle, sous Bismarck, le socialisme de la chaire ( von Schmoller ).

-plan économique : conséquence de la révolution industrielle et du développement de la division du travail.

-plan social : solidarisme, mutualisme socialiste puis dogme politique social-démocrate.

Et enfin… le fond de l’affaire, la politique et… l’économie politique -gnose, scolastique et interventionnisme-, ces véhicules de l’idolâtrie sociétaire contemporaine, pensées comme Sotériologies , remèdes à la tragédie de l’existence ( finitude, individuation, précarité irréductible -precarius, ce qui est donné sans garantie-, incapacité à affronter le réel, déni de l’irréductible concurrence et de l’impitoyable lutte pour la vie )…

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Sur le plan économique, la critique libérale ou néolibérale du paternalisme d’Etat fait généralement apparaître les risques de corruption, de bureaucratisation, de corporatisme, la quête des privilèges et des faveurs (subventions, obtention de marchés, élimination légale de la concurrence, atteinte à la propriété privée…).
Elle souligne également l’incitation à l’irresponsabilité et le danger du parasitisme.

D’un point de vue strictement philosophique, Kant ( Théorie et pratique ) puis Guillaume de Humboldt ( Essai sur les limites de l’action de l’Etat ) ont sévèrement condamné l’Etat de police ou de bien-être ( Wohlfahrtsstaat ), le considérant comme une forme de gouvernement despotique oeuvrant au bonheur de ses sujets par des voies autoritaires, tout en s’efforçant d’accroître sa propre puissance.

Aussi le principe selon lequel le gouvernement doit prendre soin, sur les plans matériels et moral du bonheur et du bien-être de la nation, constitue le despotisme le plus terrible et le plus oppressif.

… Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, tel celui du père envers ses enfants, c’est-à-dire un gouvernement paternel (imperium paternale), où par conséquent les sujets tels des enfants mineurs, incapables de décider de ce qui leur est vraiment utile ou nuisible, sont obligés de se comporter d’une manière purement passive, afin d’attendre uniquement du jugement du chef de l’Etat la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté qu’il le veuille également -un tel gouvernement, dis-je, est le plus grand despotisme que l’on puisse concevoir… ( Kant, 1793 )

Dans le même sens, cette réflexion plus contemporaine de Friedrich A. Hayek à propos du mirage de la justice sociale octroyée :

Droit, législation et liberté, 1976.

Affirmer que dans une société d’hommes libres ( en tant que distincte de toute forme d’organisation contraignante) le concept de justice sociale est strictement vide et dénué de sens, paraîtra tout à fait incroyable à la plupart des gens. Ne sommes-nous pas tous constamment gênés de voir combien la vie traite injustement les diverses personnes, comment les méritants souffrent et les déméritants prospèrent ? N ‘avons-nous pas tous le sentiment de quelque chose de convenable, n’éprouvons-nous pas de la satisfaction, quand nous reconnaissons qu’une récompense est appropriée à l’effort fourni et au sacrifice consenti ? (… )

Nos récriminations à propos de résultats du marché dits injustes n’affirment pas vraiment que quelqu’un a été injuste ; et il n’y a pas de réponse à la question : qui donc a été injuste ? La société est simplement devenue la nouvelle divinité à qui adresser nos plaintes et réclamer réparation si elle ne répond pas aux espoirs qu’elle a suscités. Il n’y a ni individu, ni groupe d’individus coopérant ensemble, à l’encontre de qui le plaignant aurait titre à demander justice, et il n’y a pas de règle de juste conduite imaginable qui, en même temps procurerait un ordre opérationnel et éliminerait de telles déceptions. (… )

La justice sociale ne peut avoir de signification que dans une économie dirigée ou commandée ( par exemple une armée) où les individus se voient commander ce qu’ils ont à faire ; et n’importe quelle variante de justice sociale ne pourrait être réalisée que dans un tel système dirigé du centre.

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On mettra cependant en doute l’effectivité du marché libre et de la recherche légale du profit constamment avancée par les hérauts et autres professeurs de (néo)libéralisme.
Ce n’est là qu’une ingénieuse et assez ingénue utopie sociale et économique ( occultant notamment les mécanismes -bien réels pourtant- de fraude, d’infraction à la concurrence et d’exploitation de l’homme par l’homme ).
Elle repose sur :
-une modélisation abstraite voire purement mathématique des conditions de la production et de l’échange dont sont friands les amateurs de Nobels économiques ;
-une conception psychologisante et unilatérale du profit dégagé du processus d’extorsion de la plus-value ;
-une idéalisation de la nature humaine présentée comme rationnelle dans ses choix, la poursuite de ses intérêts et supposée loyale vis à vis des règles imposées ;
-une fétichisation de la loi régulatrice ( Etat de droit ) susceptible de faire respecter… à l’échelle planétaire un ordre de régulation équitable et universel.

Peut-on critiquer la démocratie ?

Sauf à la constituer en idole constitutionnelle il est possible de la critiquer de deux points de vue.

1. D’une manière interne en relevant les causes de son disfonctionnement :

-institutions fragiles, corruption, incompétence, fétichisme de l’opinion publique, démagogie, despotisme du mandat, arrogance de l’expert, omnipotence des réseaux d’influence et des lobbies, passivité et désaffection des citoyens…

Tares consubstantielles dont certaines furent déjà relevées par Platon ( République 8 )…

L’esprit des institutions et des lois, l’idéal de Rousseau serait trahi ; la démocratie représentative, voire participative et d’opinion, serait effacée par la démocratie… oligarchique que le suffrage universel aurait pour fonction de légitimer. En toute innocence.

On exige alors des procédures de contrôle, des organes de surveillance des élus… On prêche l’exercice effectif des droits civiques, on contraint le citoyen à la participation aux différents scrutins…

Comment cependant éviter le conflit du pouvoir politique et de l’autorité judiciaire ou encore le fantasme, voire le puritanisme “citoyen” de la transparence ( cf. Robespierre ) et ses conséquences, le totalitarisme républicain ?

2. D’une manière externe en lui opposant les vertus supposées d’autres systèmes de distribution du pouvoir, d’autres régimes tels que la monarchie, l’oligarchie, le despotisme éclairé, etc., supposés plus efficaces ou plus vertueux…

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L’esprit réflexif et critique ne fétichise ni ne combat la démocratie.
Il en conteste néanmoins les principes fondateurs.

1. Il la considère comme un régime politique parmi d’autres, comme une donnée incontournable et comme une contingence du jeu social qu’il doit supporter et dont il lui faut prendre acte.

2. Il questionne néanmoins la pertinence de l’idée de contrat social .

Il constate qu’elle est sans rapport avec les faits :
Non seulement il n’y a pas de sociétés qui aient une telle origine, mais il n’en est pas dont la structure présente la moindre trace d’une organisation contractuelle ( Emile Durkheim, La division sociale du travail ).
Il ne révère pas le concept de volonté générale , idée-rôle servant de fondement / caution à un Pacte social supposé (cf. Rousseau, Contrat social, Fichte, Considérations sur la révolution française ), à un banal système de distribution des pouvoirs n’exprimant en fait que le despotisme de majorités autoritaires, circonstancielles, poreuses et plus ou moins instrumentalisées.

*****

Cette idée de volonté générale est-elle d’ailleurs autre chose qu’une notion idéale, une fiction ?

Chacun possède une conception particulière de l’intérêt général qui n’a aucune existence objective. Et aucun critère ne permet de déterminer parmi la multitude de ces conceptions individuelles celle qui incarne le mieux ce que serait ce prétendu intérêt général.

Qu’exprime l’élu quand il prétend parler en son nom sinon sa propre conception de ce qu’il imagine être la conception de la majorité ?

L’idée de volonté générale paraît relever d’une approche métaphysique de la politique.

3. Il récuse la métamorphose de l’homme individuel en être purement social et l’idéal du bonheur dans la transparence exprimé par le fameux Contrat avec pour conséquence :

-la formation des enfants par et pour la société ;

-la religion civile à laquelle chacun est tenu sous peine d’exclusion de l’association;

- le droit de vie et de mort sur les citoyens ;

-la police des esprits ;

- le despotisme sur le peuple au nom de la souveraineté absolue de celui-ci.

4. Il se méfie de l’indiscrétion militante des citoyens vertueux et vigilants -les sycophantes- dissimulant leur malveillance voire leur goût du harcèlement, derrière l’écran de fumée du prétendu bien commun.

5. Et il pose un certain nombre de questions :

-L’égalité dans la soumission de chacun à tous -l’aliénation complète de chaque individu avec tous ses droits et sans réserve à la communauté ( cf. Benjamin Constant, De la liberté chez les modernes, 1818 )-, est-elle la liberté ?

-Que vaut la domination de l’intérêt général sur l’intérêt particulier ?

-L’idéal démocratique n’est-il pas en conséquence au mieux une utopie, au pire un piège ?

6. Il subit donc les institutions dites démocratiques comme on subit les caprices de la météorologie.
Comme un miroir, il les réfléchit ; il les étudie et les tient à distance…

*****

Sur ce point, cf Roberto Calasso, Les noces de Cadmos et Harmonie et la dictature démocratique athénienne du peuple des délateurs et autres sycophantes au 5° siècle.

Quant aux principes même de la démocratie et à la critique de leurs présupposés idéologiques, cf. Louis Rougier, la mystique démocratique.

*****

Note : La critique du système représentatif par Anton Pannekoek, 1937.

( Textes traduits par Bricanier, EDI, passim ):

… Les membres du Parlement sont élus pour un nombre d’années défini ; les citoyens ne sont les maîtres qu’au moment des éléctions. Ce moment passé, leur pouvoir disparaît et les députés ont toute latitude de se comporter, pendant un certain nombre d’années, selon leur “conscience” , à cette seule restriction près qu’ils savent pertinemment qu’un jour ils devront revenir devant le corps électoral. Mais ils comptent bien capter ses suffrages au moyen d’une campagne menée à grand fracas, dans un déversement continuel de slogans et de formules démagogiques.

Ainsi donc les maîtres véritables, ceux qui décident, ne sont nulement les citoyens, mais les parlementaires. Et les électeurs n’ont même pas la possibilité de désigner quelqu’un de leur choix, car les candidats leur sont proposés par les partis politiques…

… Le gouvernement réel, celui qui domine le peuple, est constitué par une bureaucratie de hauts fonctionnaires, et les résultats des joutes électorales risquent si peu de l’atteindre qu’elle jouit d’une indépendance quasi absolue…

Du gouvernement des hommes selon Proudhon

07.01.09 | par Claude [mail] | Catégories: Proudhon, gouvernement, politique, pouvoir

Il est des pages qui, en elles-mêmes, telles de pures merveilles, semblent circonscrire un domaine de réflexion et clore définitivement toute controverse. Tout y est dit. Le lecteur médusé n’a plus qu’ à se rendre à l’évidence.

Ainsi cette page de Proudhon qui remet -et de quelle manière-, les choses du pouvoir à leur place :

… Etre gouverné, c’est être gardé à vue, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu… Etre gouverné, c’est être à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé.

C’est, sous prétexte d’utilité publique et au nom de l’ intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, villipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garotté, emprisonné ; fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré.

Voilà le gouvernement, voici sa justice, voilà sa morale ! Et dire qu’il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent au nom de la Liberté, de l’Egalité, et de la Fraternité, cette ignominie… Hypocrisie !


Idée générale de la Révolution

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